Une vidéo filmée par de jeunes militants anti-gaz de schiste d’In Salah montre la catastrophe environnementale engendrée par l’abandon de deux puits de gaz conventionnel, du site de Hassi Moumen, forés par la Sonatrach en 2013. Ces images prouvent que la gestion des forages des puits par Sonatrach est, en réalité, un problème ancien.

Plus de 70 jours après le début du soulèvement citoyen contre l’exploration de puits-pilotes de gaz de schiste dans le bassin gazier de In Salah, la mobilisation populaire ne s’essouffle pas. Les habitants de cette ville saharienne, située à plus de 1.200 km au sud d’Alger, continuent de surveiller le « lent déménagement des appareils de forage » des puits-tests. Depuis les violents affrontements entre les activistes et les policiers, les activités au niveau des puits-pilotes est en « standby ». « Le matériel de forage est évacué à une cadence lente. On ne comprend pas très bien ce qu’envisage maintenant Sonatrach : Se retirer définitivement ou temporiser ? », interroge un animateur du mouvement populaire anti-gaz de schiste de In Salah, contacté ce mercredi par nos soins.

Des eaux usées abandonnées par Sonatrach depuis 2013 près d'un puits gazier à 20 km au nord de In Salah. Photo DR
Des eaux usées abandonnées par Sonatrach depuis 2013 près d’un puits gazier à 20 km au nord de In Salah. Photo DR

Dans le même temps, les militants écologistes d’In Salah continuent de collecter des pièces à conviction accablantes pour Sonatrach sur sa gestion contestable des puits de gaz conventionnels. Une nouvelle vidéo, mettant en cause la société pétrolière étatique, est parvenue à notre rédaction et a été ensuite diffusée sur le groupe Facebook « In Salah Sun & Power ». Filmées caméra à l’épaule par de jeunes membres du mouvement citoyen d’In Salah, cette vidéo d’une minute montre deux puits de gaz conventionnel totalement abandonnés par Sonatrach et à proximité desquels se trouve une marre d’eau grisâtre. D’après nos sources, ces puits se trouvent dans le bassin gazier de Hassi Moumen, à seulement 20 km au nord de la ville d’In Salah, et ont été forés au cours de l’année 2013. Dans un commentaire, le cameran parle d’une « forte odeur nauséabonde et étouffante » et dit avoir remarqué des traces de mazout sur le sol. Tout laisse donc penser que cette eau a été contaminée par un mélange de produits chimiques, néfaste pour l’environnement. « Cette région est très fréquentée par les nomades », s’inquiète leader du mouvement citoyen.

La vidéo montre 2 puits gaziers abandonnés par Sonatrach à 20 km de la ville de In Salah. Photo DR
La vidéo montre 2 puits gaziers abandonnés par Sonatrach à 20 km de la ville de In Salah. Photo DR
bassin in salah
Le bassin pollué par Sonatrach se situe dans une région très fréquentée par les nomades, expliquent nos sources locales. Photo DR

Négligences de Sonatrach

Cette vidéo est une nouvelle preuve que l’entreprise Sonatrach ne prend pas la peine de nettoyer les sites où elle entreprend des forages. Fin février, dans le sillage du rassemblement anti-gaz de schiste de la place Soumoud à In Salah, l’association écologique « Shems » a mis en ligne un documentaire révélant des preuves irréfutables que les activités de Sonatrach portent atteinte à l’écosystème. Le documentaire présente trois anciens puits de gaz conventionnel abandonnés par la société étatique et autour des desquels les dommages écologiques sont visibles à l’œil nu. Le premier, situé 6 km d’In Salah, datant des années 1980, a été bouché mais sans nettoyage. Le second, sur la route d’Arak, à 160 km de la ville, où plusieurs bassins de décantation des boues contiennent depuis 2012, des produits toxiques non évaporés. Le troisième, plus récent, un puits-test de gaz de schiste cette fois, à Gour Mahmoud, soit à 35 km au sud d’In Salah, fait déjà état d’épandage direct sur le sol sans traitement ni épuration.

Autrement dit, le problème de la gestion des eaux usées, qui émanent des puits forés, est ancien et ne date pas du début de l’exploration des puits-pilotes de gaz de schiste à In Salah, en janvier dernier. Depuis des années, Sonatrach néglige le traitement de ces eaux contaminées, quittant les sites de forages en laissant derrière elle une source de pollution hautement nocive. Contactée par nos soins, ce mercredi, à plusieurs reprises, la direction générale de Sonatrach n’a pas répondu à nos appels. Cependant, un cadre de la société étatique, dépêché sur le site pétrolier de Hassi Messaoud, reconnaît les difficultés que Sonatrach rencontre depuis des années pour traiter les eaux usées. « Lors du forage de puits pétroliers, de l’eau usée s’échappe, Sonatrach n’a pas trouvé d’autres solutions que de l’injecter dans des puits abandonnés. Il faut savoir que la technologie pour le traitement de ces eaux usées n’est pas développé, les Etats-Unis même rencontrent des difficultés », explique à Algérie-Focus ce cadre de Sonatrach.

Des traces de pollution remontant à 2013. Ici, les deux puits de gaz du site de Hassi Moumen forés par Sonatrach. Photo DR
Des traces de pollution remontant à 2013. Ici, les deux puits de gaz du site de Hassi Moumen forés par Sonatrach. Photo DR

Ce problème risque de se poser avec plus d’acuité si Sonatrach maintient son projet d’exploration des ressources de l’Algérie en gaz de schiste. En effet, la fracturation hydraulique de la roche, dans laquelle le gaz de schiste est confiné, nécessite l’utilisation de millions de mètres cube d’eau. Où iront ces quantités d’eau polluées ? « Il y a de grande chance, avec la technologie actuelle, que ces eaux usées soient déversées dans la nature et contaminent les nappes phréatiques », avoue ce cadre de Sonatrach.

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