En Algérie, depuis 2014, l’addiction ne se résume plus seulement à la toxicomanie. Les autres formes de dépendance (à l’alcool, aux jeux vidéos, internet etc.) sont reconnues dans le dispositif légal. Des centres de soin ont ouvert leurs portes aux personnes souffrant de ces pathologies, d’autres sont en cours de réalisation. Reste à former le personnel médical.

Cannabis, psychotropes et autres drogues dures. En Algérie, ils sont plus de 250.000 à consommer régulièrement ces substances illicites, selon les derniers chiffres de l’Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie. Il a fallu attendre la loi 04-18, promulguée le 25 décembre 2004, pour considérer les toxicomanes comme des malades à part entière et non plus comme des criminels. Sauf que les consommateurs de drogues ne sont pas les seuls à souffrir d’addiction. Quid des Algériens concernés par une forme de dépendance, autre que celle liée à l’usage de stupéfiants ?

Addiction au sens large

Longtemps marginalisés, ces malades ne sont dorénavant plus livrés à eux-même. « La réglementation a changé en 2014. Désormais, on ne parle plus seulement de lutte contre la toxicomanie mais d’addictologie afin de prendre en considération toute personne atteinte d’une dépendance physiologique et psychologie à une substance ou un comportement », explique Dr Mohamed Chakali, responsable de la sous-direction « promotion de la santé mentale » du ministère de la Santé, en marge de la 2è édition du Salon international des expertises pour le domaine hospitalier, qui se tient jusqu’à demain à la Foire d’Alger. Autrement dit, l’addiction au sens large est récemment devenu un problème de santé publique en Algérie.

Et cela se traduit dans les faits. Les Centres intermédiaires de soins en toxicomanie (CIST), construits depuis la fin de la décennie noire, ont changé d’appellation en 2014, devant les Centres intermédiaires de soins en addictologie (CISA) afin d’accueillir les Algériens touchés par d’autres formes d’addiction. 32 centres sont aujourd’hui fonctionnels, 15 en cours de construction. « L’objectif que le ministère s’est fixé en 2007 c’est de doter l’Algérie de 53 centres de soin de ce type, l’idée étant d’en avoir au moins un par wilaya », souligne Dr Mohamed Chakali, qui promet que la lutte contre les addictions tiendra une place de choix dans le plan national de la santé mentale 2015-2020, actuellement en cours d’élaboration. Un comité scientifique pluridisciplinaire, assisté d’experts de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) planche depuis plusieurs mois sur une « feuille de route » permettant de prévenir les maladies mentales et un meilleur suivi des patients, assure ce cadre du ministère.

Bientôt un certificat d’étude spécialisé

Seulement, l’Algérie, où la santé mentale a jusqu’à récemment été un tabou social, accuse toujours un déficit énorme en la matière. Avec deux centres de désintoxication à la toxicomanie et une trentaine de centres de soin intermédiaires dans le pays, c’est encore trop peu pour une population largement frappée par ce fléau. D’après plusieurs médecins, travaillent dans des CISA, près d’un Algérien sur cinq souffre d’une dépendance. Outre le manque de structures adaptées à l’accueil et le traitement de ces malades, dont la plupart l’ignorent encore, ces praticiens pointent du doigt le retard en terme de formation du personnel médical. Ceux-là reconnaissent même avoir été contraints de se former par leurs propres moyens. « J’ai visité un centre de désintoxication en Suisse, au Canada… Il y a aussi toutes mes recherches personnelles et ma documentation qui m’ont aidé », confie Dr Ahmed Felfoul, médecin généraliste de formation, addictologue autodidacte depuis 2008. Il gère aujourd’hui le CISA de Tipaza, visité par plusieurs milliers d’Algériens, jeunes pour la majorité d’entre eux, précise-t-il.

Pour combler ce manque de spécialisation universitaire, les pouvoirs publics ont créé un « Certificat d’étude spécialisé » (CES), ouvert, dans un premier temps, aux médecins qui opèrent déjà dans un CISA. La première promotion doit être recrutée en juin prochain pour une formation d’un an aux métiers de la santé mentale. « Notre préoccupation est la formation du personnelle. On va commencer avec ceux qui ont déjà montré un intérêt pour la santé mentale », explique enfin Dr Mohamed Chakali.

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