Les propos de la ministre du Tourisme et de l’Artisanat, Nouria Yamina Zerhouni, sur le maintien des concessions de plages, le long du littoral algérien, provoque un tollé général et suscite l’ire des associations de défense des consommateurs algériens.

Une fois n’est pas coutume, le gouvernement d’Abdelmalek Sellal fait machine arrière. Cette fois, c’est sur l’annulation des contrats de concession de plage aux privés que les membres du gouvernement se contredisent. Si dans un premier temps, des responsables du ministère de l’Intérieur, en déplacement à Oran, promettaient le 23 février dernier de « proposer au gouvernement de ne plus autoriser la concession des plages et d’annuler les contrats existants », la ministre du Tourisme et de l’Artisanat, Nouria Yamina Zerhouni, également en visite dans la deuxième ville du pays jeudi dernier, est revenue sur cette promesse, s’engageant, au contraire, à maintenir le système de concession des plages aux privés.

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Et plus que la préserver, la ministre du Tourisme entend généraliser cette pratique puisqu’elle a adressé une instruction aux walis des régions côtières pour réserver deux tiers des plages aux investisseurs privés et le tiers restant aux citoyens. Autrement dit, à partir de l’été prochain, seul un tiers des plages algériennes sera accessible gratuitement.

Non à la privatisation …

À l’approche du début de la saison estivale, cette décision n’est pas passée inaperçue, suscitant l’ire des associations de défense des consommateurs. À commencer par l’Association de protection et d’orientation du consommateur et son environnement (APOCE), qui s’est fendu d’un communiqué dans lequel elle dénonce le projet de Nouria Yamina Zerhouni. À l’instar d’autres associations de défense des consommateurs algériens, l’APOCE refuse catégoriquement la privatisation du littoral algérien. « Cette décision est surprenante. On s’attendait au contraire à l’interdiction des concessions. Les plages algériennes appartiennent aux 40 millions d’Algériens. Là, la ligne rouge, gratuité plus accessibilité des plages, vient d’être franchie », s’indigne Samir El Ksouri, porte-parole de l’APOCE, joint par téléphone ce dimanche 5 avril.

Pour les associations de défense des consommateurs, la fin de la gratuité de l’accès à la mer, dans un pays où une visite à la plage demeure l’un des rares loisirs à la portée des familles algériennes, est moralement « inacceptable ». « Généralement, quand les Algériens se rendent à la plage, ils y vont en famille, un groupe d’une dizaine de personnes. Ils ne peuvent donc pas se permettre de louer tables, chaises et parasols à plus de 1.000 dinars », fait valoir Samir El Ksouri.

… Oui aux prestations de service

L’APOCE appelle donc à l’annulation des concessions de plage aux investisseurs privés mais, dans le même temps, défend la prestation de services sur les plages algériennes.  Toutefois, « la prestation de service doit être faite à la demande et ne doit pas être imposée comme un préalable » à l’accès des Algériens à leur littoral, souligne le vice-secrétaire général de l’association de défense des consommateurs. Il précise : « Les plages devraient être entièrement accessibles aux Algériens et sur une parcelle, seulement, les investisseurs privés devraient pouvoir installer un kiosque où ils proposeraient différents services, dont la location de chaises, parasols ou tables. Mais cela ne devrait en aucun cas être une obligation pour ceux qui veulent se rendre à la plage ».