Gaz de schiste : In Salah en quête d’un second souffle

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Le mouvement populaire d’In Salah, fer de lance de l’opposition au gaz de schiste en Algérie, a été affaibli par le harcèlement continu des pouvoirs publics, expliquent à Algérie-Focus, ce mercredi 15 avril, des animateurs du Collectif national pour un moratoire sur le gaz de schiste (CNMGS). Le mouvement de la place Soumoud est-il en train de vivre ses derniers instants ? Eléments de réponse.

Les habitants d’In Salah, mobilisés place Soumoud depuis plus de 3 mois contre l’exploration des ressources en gaz de schiste, à quelques encablures de leur ville, le reconnaissent eux-mêmes : le mouvement populaire vit des heures difficiles. Le sit-in permanent, formé spontanément le 1er janvier dernier, suite au forage du premier puits-pilote par la Sonatrach, à une trentaine de kilomètres de la ville seulement, rassemblait chaque jour jusqu’à plusieurs milliers de mécontents. Mais depuis les émeutes qui ont éclaté entre les manifestants et les forces de l’ordre début mars, le mouvement s’est rétréci comme peau de chagrin. Il ne reste qu’une « poignée » d’irréductibles à poursuivre la protestation devant le siège de la Daïra, indique à Algérie-Focus une source locale, contactée par téléphone ce mercredi 15 avril.

Isoler et diviser

La raison ? L’épuisement physique et moral des militants, inévitable après plus de 90 jours de mobilisation. Sur place, les conditions sont difficiles d’autant plus que la ville saharienne connaît ses premières températures caniculaires. Les activistes d’In Salah pâtissent aussi de l’absence d’un débat sur le gaz de schiste à l’échelle nationale. Bien qu’ils aient reçu le soutien explicite des membres de la Coordination nationale pour les libertés et une transition démocratique (CNLTD), réunissant les principaux partis d’opposition, les anti-gaz de schiste paraissent esseulés aujourd’hui et la question du gaz de schiste cloisonnée à la wilaya de Tamanrasset, admet Adel Chetti, coordinateur du Comité populaire anti-gaz de schiste de Batna. « Le gaz de schiste ce n’est pas l’affaire d’In Salah seulement mais c’est un problème national. Malheureusement, le peuple algérien ne l’a pas encore compris », souffle-t-il, en marge de la conférence de presse conjointe du Comité populaire anti-gaz de schiste et du Comité national pour la défense des droits des chômeurs, tenue ce mercredi au siège de l’association RAJ à Alger.

Ce n’est pas faute d’avoir essayé. Mais la demande de moratoire, déposée par le mouvement populaire auprès du Premier ministère en janvier dernier, est restée jusqu’à ce jour lettre morte. Pressé par la chute vertigineuse des cours du baril de pétrole, qui ont perdu la moitié de leur valeur en l’espace d’une année, le Président Abdelaziz Bouteflika a balayé l’idée d’un débat national sur les activités de la Sonatrach dans le bassin gazier d’Ahnet, parlant de la ressource non-conventionnelle comme d’un « don de Dieu ».

L’Etat algérien veut donc imposer coûte que coûte cette alternative énergétique. Et pour arriver à ses fins, il cherche à étouffer dans l’œuf le mouvement populaire d’In Salah. Des membres fondateurs dénoncent ainsi des tentatives « d’infiltration » et de « récupération » de la part des autorités politiques. « On souffre d’une crise de leadership provoquée par les autorités politiques, qui tentent de nous diviser. On subit aussi beaucoup de pression. Mais on ne compte pas s’arrêter de manifester », témoigne l’un des porte-paroles des anti-gaz de schiste d’In Salah.

In Salah n’abdique pas

Pour contrer les « manigances » du pouvoir algérien et donner un second souffle à la contestation place Soumoud, les manifestants ont décidé de restructurer le mouvement. Désormais, la mobilisation est coordonnée par le Collectif national pour un moratoire sur le gaz de schiste (CNMGS), fondé le 25 février dernier. Un nouveau groupe Facebook, recentré sur la question du gaz de schiste, a récemment été lancé. Les animateurs du Collectif national annoncent également la mise en ligne, d’ici quelques jours, d’un site Internet dédié à la question, dans le but de relancer la mobilisation 2.0.

Le bras de fer entre le gouvernement d’Abdelmalek Sellal et les militants anti-gaz de schiste d’In Salah n’est donc pas encore terminé. La tension dans la ville peuplée de plus de 45.000 habitants devrait redoubler d’intensité ces prochains jours puisque le début de la fracturation hydraulique est imminent, d’après des sources concordantes. Des quantités importantes de produits chimiques ont été stockées à proximité du puits-pilote « Ahnet 01-2 » et du matériel lourd de fracturation, des camions, et du personnel étranger sont présents sur le site de forage dans la perspective de démarrer la fracturation hydraulique, a-t-on appris dimanche 12 avril. « Certains produits sont exposés à l’air libre et, ce faisant, crée une pollution de l’air et de l’environnement. On a également constaté la présence de ces derniers jours », confie, inquiet, un témoin oculaire.

La catastrophe écologique serait déjà en cours. Dans une vidéo postée dimanche sur la page Facebook « In Salah Sun & Power », des activistes montrent des bourbiers, remplis de produits chimiques, et des carcasses d’animaux morts, notamment des chameaux, parce qu’ils ont bu de l’eau polluée, laissent-ils entendre.

Malgré tout, les militants d’In Salah gardent espoir. Sur la place Soumoud, les manifestants se font d’ailleurs « de plus en plus nombreux ces deux derniers jours », indiquent des témoins oculaires. Pourquoi ce soudain regain d’intérêt ? L’installation du matériel de fracturation au niveau du puits-test, cogéré par l’Américain Halliburton, situé à 35 km au nord de la ville, a eu pour effet de ramener les habitants d’In Salah sur le lieu de contestation, considèrent des animateurs du mouvement populaire. Ils comptent aussi sur l’arrivée samedi de Rachid Nekkaz, le trublion de la vie politique algérienne qui marche contre l’exploration des ressources non-conventionnelles, pour insuffler une nouvelle énergie dans les rangs des activistes et remettre sous le feu des projecteurs la question du gaz de schiste.