Arezki Amziane est un chanteur discret et travailleur. Comme tous les passionnés, il ne se contente pas de chanter pour chanter mais s’aventure à faire bouger des habitudes et à casser intelligemment les lieux communs et les stéréotypes. Il montre ainsi que la musique n’est rien d’autre qu’un lieu de création, un lieu du vivant. Après un premier album « Niya » édité en 2011, et qui est malheureusement passé presque inaperçu alors qu’il apporte une note de fraîcheur. Arezki n’a pas désespéré. Il a persévéré et a nourri depuis cette passion , donné naissance à de nouveaux morceaux où le désir de renouveau allie tradition et modernité. C’est une belle promesse. Ses clips sont un exemple de rigueur et d’originalité. Ce souci de bien faire se fera un jour reconnaître par le temps, parce que le temps reconnaîtra les siens. Il chante par et pour l’amour de la musique. Abreuvé à la source d’El Hesnaoui et de Slimane Azem, il n’hésite pas à butiner ailleurs de belles mélodies. Il voyage et fait voyager. Il rappelle combien la musique est essentielle pour se préserver des exils meurtriers et des murs qui s’érigent ici et là. Il nous donne un nouvel album « PassBioMusic » qui sera présenté lors d’un concert ce 30 avril, à 20h30, à La Ligne 13 : salle de spectacles, 12 place de la Résistance et de la Déportation à Saint-Denis (France).

Algérie Focus: Il y a quelque chose d’original, qui singularise votre travail, qu’on est tenté d’appeler, comme le nom de votre groupe, « style Sahitou Band » et qui rassure sur l’état de santé de la chanson kabyle, dont beaucoup déclarent la stagnation. Il y a un travail de revitalisation du patrimoine, où vous introduisez quelque chose de nouveau. Outre le simple hommage, par quoi est dicté ce souci ?

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Arezki Amziane: Ma démarche est simple, je voulais revenir au terroir. Bercé par Slimane Azem ou Cheikh El Hasnaoui, toujours dans un souci de paternité qu’il me faut retrouver, je voulais cependant créer dans notre ère. Et puis, j’avais envie d’un renouveau. Il faut avoir un langage actuel. Même s’ils sont encore dans l’ombre, il y a des gens qui travaillent pour cette musique. J’essaie d’œuvrer dans ce sens.

Les textes sont aussi travaillés par ce souci. Vous revisitez des lieux d’être, des lieux culturels, la mémoire comme par exemple, l’exil, l’immigration, lawliya (saints), comme l’indique une chanson de votre premier album. On remarque aussi que vos clips, votre travail sur l’image est très intéressant, il est original pour ainsi dire. Est-ce que pour vous tout est lié ?

Bien sur que c’est lié! La référence à lawliya, c’était ma façon, dans le premier album, de chanter l’exil. C’est un lieu de culte païen, un lieu de culte mystique qui traduit le manque du pays. Le deuxième album s’inscrit dans un autre registre, mais qui n’est pas sans lien. Quand on veut véhiculer une idée aujourd’hui il faut lui mettre un visage. Le souci de voir est très présent. L’écoute ne suffit pas. C’est une partie du travail qui est très importante et qui est un art à part entière. La cohérence entre le son et l’image est fondamentale.

N’est-ce pas très lourd pour un chanteur ?

Je ne suis pas seule dans cette aventure. Il y a les musiciens du Sahitou Band et l’équipe technique qui ont beaucoup œuvré. C’est un cadeau de voir ces personnes aimer et se soucier de ce que je fais, c’est magique. Et puis, le processus de création se poursuit par l’écriture, en passant par la composition et enfin en mettant la chanson aboutie en image.

Après un premier album « Niya », vous revenez avec un autre qui sortira bientôt . Les belles choses ont besoin d’un temps pour mûrir certes, mais n’y a-t-il pas des problèmes liés à l’édition, au monde de la production en général ?

Évidemment. Après une première expérience, où j’ai eu de grosses difficultés d’édition et de distribution en Algérie notamment, les éditeurs rendant le produit indisponible en ne le distribuant pas, j’ai choisi l’autoproduction. Je trouve que les gens doivent pouvoir choisir ce qu’ils aiment. Comment veux-tu que les gens puissent faire un choix s’ils n’ont pas connaissance de l’offre ? Pour le premier album, le public n’a pas eu le choix de l’entendre. La naissance du second, le PassBioMusic, mon envie de rendre hommage à Slimane Azem a donné vie au clip A Muhend. Au départ, il n’était pas question de créer un second opus. Mais la couleur musicale donnée à cette reprise nous a donné des idées. Et nous voilà !

Entretien réalisé par Khaled Ramdane