Notre pays possède un patrimoine culturel, architectural et historique riche et varié. La Casbah d’Alger en est l’une de ses plus illustres composantes. Classée au patrimoine universel par l’Unesco, elle a vu défiler dans se murs maintes civilisations.

 La Casbah d’Alger ou la Médina à été fondée par les Berbères sous la dynastie des Zirides. Elle a été fécondée et enrichie par l’apport des autres dynasties berbères qui ont dominé le Maghreb Central et les différents occupants étrangers, dont, bien évidemment, les Ottomans. Elle est un exemple vivant de l’architecture et de l’urbanisme des médinas arabo-berbères. Elle est un objet d’inspiration artistique et le siège d’un savoir-faire artisanal ancestral. En 1992, l’Unesco l’a inscrite au patrimoine mondial de l’humanité, malgré sson état de dégradation avancé. Cependant, certains de ses enfants et de ses amoureux continuent de se battre pour faire vivre son patrimoine matériel et immatériel.

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 « Sauvons la Casbah d’Alger »

 Le ministère de la Culture tente de reprendre l’initiative avec l’organisation de la 4eme édition du Festival culturel international de l’architecture de terre du 19 au 26 avril en cours. Des intervenants du monde entier, spécialisés dans les domaines de l’architecture et de l’urbanisme y sont présents pour animer des conférences portant sur divers thèmes et initier des workshops à l’Ecole polytechnique d’architecture et d’urbanisme (EPAU) d’El Harrach.

 Une visite guidée au profit d’étudiants algériens, tunisiens, portugais, espagnols ou encore italiens à eu, par ailleurs, lieu pendant deux jours consécutifs, les 19 et 20 avril, avec la précieuse collaboration de l’Association des amis de la Casbah, Sauvons La Casbah d’Alger.

 Les étudiants sont arrivés à 10h, armés d’appareils photos et de bloc-notes. Le retard d’une heure et demi sur l’horaire prévu a obligé les responsables de l’association à remettre la conférence programmée en prélude à la visite, à la fin de celle-ci. Un guide, du nom d’Ami Merzak, habitant la Casbah depuis plus de 60ans, s’est fait un plaisir et un honneur de raconter les histoires et légendes de chaque venelle, statue ou maison.

 La visite a commencé à Bab Jdid, au pied de la statue de Bologhine Ibn Ziri, présenté par Ami Merzak comme l’un des fondateur de la Casbah d’Alger, sous l’œil et l’oreille attentifs de la soixantaine d’étudiants qui l’entouraient. « Il l’a bâtie sur les ruines de l’ancienne ville en 960 », a-t-il affirmé. Les questions en plusieurs langues ont fusé et les appareils à photo ont crépité.

Première destination : La maison de Khdaouj El Amia. Mais avant d’entamer le circuit, la responsable de l’association s’est dirigée vers le commissariat pour avoir une escorte policière tout au long de cette magnifique randonnée culturelle.

Casbah1 - Reportage. Visite de la Casbah d'Alger: La "vieille ville" ne croit pas au déclin
Le patio ou « wast eddar », une constante des maisons de la Casbah

 Après quelques minutes d’attente, le groupe s’est engouffré dans les ruelles étroites de ce joyau malheureusement délaissé au vu des tas d’immondices éparpillés ça et là et des maisons effondrées. Toutefois, cela n’a en rien altéré l’intérêt des étudiants.

 Sur la route vers le palais de Khdaouj El Amia, devenu musée, des artisans, tout sourire, saluaient le groupe. Ces artisans ont pour la plupart hérité leur savoir-faire de leur ainés. Et malgré la rareté des clients, ils continuent de faire vivre leurs modestes échoppes en vie.

 Une vielle dame, ayant aperçu le groupe par la fenêtre et après avoir été renseignée sur les raisons de sa présence sur les lieux, s’est spontanément mise à raconter son vécu dans ce quartier qui l’a vue naître et auquel elle est toujours restée fidèle. Ses anecdotes croustillantes ont fait fleurir des sourires sur les visages des étudiants.

 Arrivés au palais de Khdaouj El Amia, l’émerveillement fut total devant la beauté du style architectural et le raffinement des décorations. Une fois de plus les appareils à photos et les téléphones portables ont été brandis pour capturer tant de splendeur. Dans le patio, appelé « wast eddar », un autre guide a pris la relève et a raconté, dans les moindres détails, l’histoire de cette maison et de sa propriétaire.

Sidi Abderrahmane veille sur la médina

Au milieu de la journée, placé a été cédé aux plaisirs du palais. Pas celui de la célèbre princesse dont nous hôtes plusieurs siècles après sa disparition, mais ceux de la délicate muqueuse qui capture les goûts. Un peu plus tard, rassasiés et reposés, le groupe est reparti à la conquête de la Casbah.

 Cette fois, cap a été mis sur le palais du quatrième dey d’Alger, Mustapha Pacha. La demeure est quasi similaire à la précédente. Mais cela n’a en rien empêché les étudiants de s’extasier une fois devant cette architecture qui provoque inéluctablement un sentiment de nostalgie pour, suprême paradoxe, une période qu’aucun n’a vécue.

 Pour clore la visite, destination le mausolée de Sidi Abderrahmane, le saint patron d’Alger, un lieu mystique de recueillement. Les étudiants, malgré la fatigue, ont dévalé un escalier raide et interminable, comme il en existe une multitude à Alger. Impatients de découvrir ce haut lieu de spiritualité, ils se sont rapidement déchaussés et sont allés entrés à l’intérieur de la bâtisse blanche.

Casbah2 - Reportage. Visite de la Casbah d'Alger: La "vieille ville" ne croit pas au déclin
Conférence sur l’histoire de la Casbah

Après une longue séance de photos, ils ont rejoint le siège de l’association tout prés de l’Hôpital Ait Idir. Là, dans une grande salle où étaient disposés des chaises en face d’un rétroprojecteur en prévision de la conférence.

 C’est dans un silence de cathédrale que la responsable de l’association a donné une communication traitant de la Casbah et de son histoire. Scotchée, l’assistance buvait ses paroles empreintes de passion et d’un incommensurable amour pour la vieille ville. Et c’est finalement dans la bonne humeur que tout ce beau monde s’est quitté, heureux d’avoir découvert la mythique Casbah d’Alger, ses inestimables et son histoire multiséculaire.

 De cette visite se dégage un sentiment diffus de fierté d’appartenir à une culture plurielle où se superposent de multiples apports civilisationnels, mais aussi de déception devant l’abandon dont sont l’objets d’authentiques joyaux culturels et architecturaux. Et c’est grâce à des associations telle que l’Association des amis de la Casbah, Sauvons la Casbah d’Alger que notre patrimoine demeure en vie malgré les vicissitudes du temps et l’empreinte pas toujours positive des hommes.

 Page Facebook de l’association : https://www.facebook.com/AssociationDesAmisDeLaCasbahSauvonsLaCasbahDAlger?fref=ts

 Alloui Nihel