Trois avocats de la wilaya d’Oran ont entamé une grève de la faim illimitée ce mercredi 22 avril à Alger. Cette action de protestation extrême est destinée à dénoncer l’injustice flagrante qu’ils subissent de la part du bâtonnier d’Oran. Les trois grévistes comptent saisir les instances internationales pour obtenir justice.

Les trois grévistes, Boutaleb Mohamed, Belkacem-Saâdoun Souad et Nait Salah Belkacem, ont animé une conférence de presse, ce mercredi matin, en compagnie de Salah Dabouz, président de la LADDH et ce, afin d’expliquer les raisons qui les ont poussés à recourir à cette grève. Les trois conférenciers ont énuméré les injustices qu’ils subissent depuis des années, caractérisées par des passe-droits flagrants de la part du bâtonnier d’Oran et de son entourage immédiat. Celui-ci est accusé de bénéficier d’une impunité totale de la part de la justice. «Les trois avocats ici présents ne représentent qu’un tout petit nombre des victimes de ce bâtonnier» disent-ils.

Boutaleb Mohamed, le plus jeunes des trois grévistes, est avocat-stagiaire. Celui-ci raconte que dans sa promotion de 2013, composée de 311 stagiaires, seul lui n’a pas décroché son attestation de fin de stage. « C’est le bâtonnier lui-même qui me refuse cette attestation pour la simple raison qu’il m’accuse d’avoir mené compagne pour un autre avocat, son concurrent, durant les élections du bâtonnat d’Oran »,  témoigne-t-il. Les requêtes adressées par cet avocat-stagiaire sont, depuis, restées lettres mortes.

Le cas du deuxième gréviste est encore plus révoltant. Avocate au barreau d’Oran depuis 28 ans, elle est mère de trois filles. Orpheline, Me Belkacem-Saâdoun Souad est divorcée depuis près d’une quinzaine d’année. «Comment faire son travail et défendre les autres, alors qu’on est soi-même victime d’une grande injustice ?», s’interroge-t-elle. La conférencière raconte ses déboires avec son ex-mari, qui n’est autre que «le bras droit » du bâtonnier, Wahrani Houari. L’ex-mari de Me Belkacem-Saâdoun Souad a été condamné par la justice à verser une somme de 270 millions de centimes, représentant les allocations familiales depuis leur divorce datant de 18 ans. « Durant toutes ces années, il n’a jamais payé un sous pour ses trois filles. C’est moi-même qui les ai nourries, éduquées et élevées », déclare-elle. «La justice, en dépit de tout cela, l’a innocenté lors du dernier procès, en 2012. Et comme un malheur ne vient jamais seul, au lendemain de ce procès, j’ai reçu une décision de radiation de la part du bâtonnier d’Oran » raconte-t-elle.

Le ministre de la Justice impliqué ?

«Mon ex-mari a juré de me retirer ma robe noire d’avocate. Et fort de sa position de second du bâtonnier d’Oran, il n’a eu aucun mal à le faire », confie-t-elle encore. « Ils n’ont peur de personne, ni même de Dieu. Je suis une femme orpheline et mère de trois filles, sans travail et sans ressources. Après toutes ces injustices, mes trois filles ont tenté de s’immoler par le feu devant le tribunal d’Oran. Ce sont les gens qui les ont sauvées», révèle-t-elle en éclatant en sanglots. « Le commission nationale des recours de la cours suprême a annulé la décision de radiation abusive du bâtonnat d’Oran, mais celui-ci refuse de reconnaître cette décision. Ils m’ont, par contre, proposé un transfert à un autre barreau. J’ai choisi celui de Tlemcen, mais le bâtonnat d’Oran a bloqué mon dossier, alors que j’avais payé tous les frais nécessaires», souligne l’ infortunée avocate. « Quand je suis allé voir le bâtonnier à propos de ce blocage, il a appelé quelqu’un au téléphone, se faisant passer pour le ministre de la Justice, et ce afin de faire croire que c’est à la chancellerie que mon dossier était bloqué. Je lui ai dit que le ministre de la Justice n’y était pour rien et que c’était le bâtonnat l’auteur de cet ostracisme professionnel», avoue-elle.

Les intouchables…

Le troisième gréviste, Nait Salah Belkacem, arbore des documents authentifiés prouvant que le bâtonnier d’Oran, Wahrani Houari, a détourné des sommes colossales des avoirs du bâtonnat. «J’ai saisi toutes les institutions de la République à ce propos, mais la Justice a fait la sourde oreille », indique-t-il. «C’est de mon devoir d’avocat de porter cette affaire en justice. Mais celle-ci refuse de la traiter. Ceci malgré la solidité du dossier et les documents prouvant les exactions commises », dit-il. « Selon la loi, la Justice doit instruire toute affaire criminelle dont elle est saisie. Mais ce n’était pas le cas lorsque je suis allé déposer plainte contre le bâtonnier d’Oran », témoigne Nait Salah Belkacem. «Je subis des pressions terribles depuis que j’ai pris la décision d’agir contre cette injustice: suspension, tentatives de soudoiement, cabales judiciaires et même des propos racistes, me traitant de Kabyle à qui il faut fracasser la tête. Les pièces que j’ai présentées sont utilisées contre moi, sous le motif de divulgation de secrets professionnels, accusations mensongères et autres. Maintenant, j’ai un dossier complet et solide que je vais présenter à Transparency International et à l’Envoyé spécial des Nations-Unies dans le strict respect de la loi, notamment de la constitution algérienne», assure-t-il

Les trois grévistes ont entamé leur grève de la faim illimitée juste après la conférence. A travers cette action extrême, ils comptent dénoncer l’injustice dont ils sont victimes, prendre à témoin l’opinion nationale et internationale quant à ce qu’ils subissent ainsi que l’impunité dont bénéficient les responsables impliqués dans cette affaire.

« Nous soutenons et accompagnons ces grévistes. Nous demandons à ce que justice soit faite, et qu’ils soient rétablis dans leurs droits», conclut Maître Dabouz Salah, président de la LADDH.

Arezki Ibersiene