« Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime, et la loi qui affranchit. » La sociologue et membre du Réseau Wassila, Mme Fatma Oussedik, dit « croire profondément » à cette célèbre citation d’Henri Lacordaire, lors d’une conférence sous le thème « La liberté pour la loi », animée dimanche 2 mai au siège de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (LADDH), à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse.

S’exprimant « beaucoup plus en tant que militante que sociologue », Mme Oussedik estime ainsi qu' »en l’absence de la loi, les libertés deviennent liberticides ». D’après elle, ce constat se vérifie davantage chez « les femmes et les enfants qui sont des catégories faibles ». Elle en veut pour preuve la loi sur la violence faite aux femmes adoptée dernièrement. « En 2015, l’Assemblée nationale débat sur une loi qui permet de battre ou ne pas battre les femmes. C’en est une perversion de la loi », s’indigne-t-elle, tout en soulignant « avoir contesté la mesure du pardon ». « Le pardon arrive après avoir rendu justice en désignant le coupable et la victime », soutient la militante, chez laquelle cette mesure suscite un sentiment de déjà vu. « Je pense, témoigne-t-elle, à la loi sur la réconciliation ».

Mme Oussedik souligne également que « lorsque les textes d’application sont inexistants ou non appliqués, la loi entre en contradiction avec l’objectif qu’elle est censée incarner ». Pour étayer son propos, elle avance l’exemple de la loi sur l’ADN des mères célibataires qui n’a pas atteint les objectifs escomptés.

Outre cette absence ou non application des instruments juridiques permettant de traduire une loi sur le terrain, la conférencière constate aussi une crise institutionnelle qui plonge le pays dans le statu quo. « Les rentiers et les promoteurs de l’informel ont besoin qu’aucune institution ne soit légitime. Ces défenseurs du statu quo ont donc fait en sorte à ce que les institutions soient vidées de leur substance », déplore-t-elle. Cette crise de légitimité, selon Mme Oussedik, affecte également « les partenaires sociaux qui ont été discrédité ». Elle illustre son propos par le cas de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), contrairement à l’UGTT qui a joué un rôle moteur dans le changement démocratique en Tunisie.

La sociologue explique, par ailleurs, le recours du pouvoir à l’oppression par « des mutations sociales profondes au cours des dernières années qu’il lui est impossible de contenir ». Pour en finir avec ces atteintes aux différentes libertés, Mme Oussedik préconise « un processus d’institutionnalisation » à même d’aboutir à une réelle séparation des pouvoirs, condition sine qua non pour la réalisation de la souveraineté nationale. « La souveraineté de l’Etat, c’est un peuple souverain », conclut-elle.

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