Des militants anti-gaz de schiste d'In Salah accusent Sonatrach d'avoir recours à la fracturation hydraulique sous haute protection sécuritaire et dans le plus grand secret. À l'échelle nationale, le mouvement anti-schiste ne désemplit pas. 

Des habitants d'In Salah, mobilisés contre l'exploitation du gaz de schiste depuis le forage de puits-pilotes à proximité de leur ville en décembre dernier, ont alerté lundi la rédaction d'Algérie-Focus sur le début de la fracturation hydraulique au niveau du second puits AHT2. Le mouvement populaire rejette en bloc, depuis la première heure, cette méthode controversée en raison de son impact néfaste sur l'environnement.

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D'après des employés de Sonatrach, la fracturation hydraulique a déjà été entamée au niveau du second puits-test mais elle n'est pas encore accomplie car l'Américain Halliburton, chargé des opérations, rencontre des "problèmes techniques sérieux et dangereux". "Sur ordre de la Sonatrach, Halliburton a démarré la fracturation hydraulique à In Salah sur le second puits AHT2 mais Halliburton fait face à des difficultés au niveau de la partie horizontale. Les plugs (bouchons) des sections de fracturation sont coincés ce qui retarde la mise en torche du gaz issu des sections", explique à Algérie-Focus un ingénieur de Sonatrach, qui a requis l'anonymat. "Oui, les fracturations ont bel et bien commencé. Il a été constaté sur place un amoncellement de produits chimiques sur les sites avec la présence de bourbiers en surface et de carcasses d'animaux morts", souligne Sabrina Rahmani, présidente du Collectif national pour un moratoire sur le gaz de schiste en Algérie, contactée ce mercredi 13 mai par la rédaction d'Algérie-Focus. Toutefois, aucun travailleur ou militant, joint par nos soins, n'est en mesure de donner plus de détails ni d'indiquer la date de commencement de cette opération contestée.

Un site gazier hyper sécurisé 

Il faut dire qu'un "black out" total règne aux abords du site gazier d'In Salah. Les groupes de jeunes citoyens d'In Salah, qui surveillaient les routes menant au site gazier pour s'assurer que le matériel nécessaire à l'hydro-fracturation n'était pas acheminé sur place, ont été délogés suite aux émeutes qui ont éclaté dans la région entre les forces de sécurité et les activistes, le 28 février dernier. Depuis, un important dispositif sécuritaire quadrille la zone et les informations sur les activités de Sonatrach à In Salah ne filtrent qu'au compte-goutte. "Il y a un manque absolu de transparence", regrette Hacina Zegzeg, l'une des porte-paroles du Collectif national pour un moratoire sur les gaz de schiste en Algérie, contactée ce mercredi 13 mai.

Cette animatrice du mouvement populaire de la place Somoud s'interroge sur le recours à l'hydro-fracturation par la compagnie étatique. "Comme on n'a pas accès au puits, on ne peut pas être sûr à 100% que la fracturation a démarré mais on a de forts doutes. Sinon pourquoi les experts étrangers et le personnel de Sonatrach restent au niveau du second puits depuis si longtemps, si ce n'est pas justement pour fracturer la roche contenant du gaz de schiste ?", interroge Hacina Zegzeg.

Poursuivre et consolider le mouvement anti-schiste

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Sur la place Soumoud, les militants sont nettement moins nombreux qu'au début du mouvement anti-schiste en janvier dernier. Malgré tout, l'opposition au gaz de schiste ne désemplit pas à l'échelle nationale.

Sur la place Soumoud, l'épicentre de la contestation, occupée par plusieurs milliers de personnes à la naissance du mouvement populaire, n'est plus fréquentée que par une "poignée de vétérans", éreintés par de long mois de la protestation et des températures caniculaires, racontent des témoins oculaires. Malgré tout, les anti-schiste ne rendent pas les armes. Cinq mois après le début de la mobilisation à In Salah, le combat s'est déplacé ailleurs. Il n'est plus seulement confiné dans les frontières de la ville saharienne de quelques 45.000 habitants. Un Collectif national pour un moratoire sur les gaz de schiste, regroupant pour le moment 24 collectifs locaux et quatre issus de la diaspora algérienne, a été créé pour défendre la tenue d'un débat national sur la transition énergétique du pays.

Sous pression, le Collectif maintient son cap. "Malgré le mutisme des pouvoirs publics, nous continuons à sensibiliser sur la question dans les différents médias et nous appelons à un débat national avec le soutien des experts pétroliers et en énergie qui ont bien voulu se joindre au Collectif. Nous organiserons dans les prochaines semaines  une réunion avec les représentants des différentes villes afin de consolider notre mouvement", affirme Sabrina Rahmani. Elle poursuit : "La question des gaz de schistes en Algérie est une question nationale qui s'est fait entendre grâce à la mobilisation exemplaire et inédite de la population d'In Salah sur la place Soumoud. Ce bel exemple de mobilisation citoyenne nous met face à nos responsabilités à tous. Il est temps de prendre le relais au niveau national afin de faire écho à In Salah. Il faut bien comprendre qu'à travers notre combat contre les gaz de schistes nous nous inscrivons dans une vision plus large, celle d'une nouvelle politique énergétique dans laquelle les énergies renouvelables doivent avoir toute leur place, celle du développement durable et celle de la diversification de notre économie afin de sortir de la précarité de l'économie à une seule ressource".