Les anti-gaz de schiste espèrent que le remplacement de Youcef Yousfi au département de l’Energie et des mines, évincé lors du dernier remaniement ministériel, amorcera enfin un dialogue entre le gouvernement et la société civile sur la question de la transition énergétique en Algérie. 

C’est l’un des perdants du remaniement ministériel. Un perdant pour le moins inattendu. Farouchement défendu par Louisa Hanoune, patronne du Parti des Travailleurs, qui ne ménage pas les autres membres de l’Exécutif, Youcef Yousfi a quitté le ministère de l’Energie et des mines, qu’il pilotait depuis 2010, suite à l’annonce du remaniement ministériel, jeudi 14 mai. Le prédécesseur du sulfureux Chakib Khelil fait-il les frais de sa gestion du dossier sur le gaz de schiste, qui suscite tant de remous depuis le forage du premier puits-test en décembre dernier, dans un contexte, qui plus est, de baisse des revenus pétroliers ? Ou bien le départ de Youcef Yousfi a-t-il seulement été décidé pour donner l’impression que le gouvernement d’Abdelmalek Sellal réajuste le tir sur la question du gaz de schiste sans renoncer, pour autant, à son exploitation prochaine ? En somme, reculer pour mieux sauter.

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Le remplacement de Youcef Yousfi par le discret consultant pétrolier Salah Khebri suscite effectivement beaucoup de questionnements, notamment auprès des militants anti-gaz de schiste algériens. Pour ces derniers, méfiants, le changement de ministre ne sonne pas le glas du projet d’exploitation des ressources énergétiques non-conventionnelles, promu par Youcef Yousfi. « Ce serait prématuré et déplacé de notre part de parler de victoire car notre victoire n’interviendra qu’avec l’acceptation par les autorités publiques du moratoire sur le gaz de schiste. Et on en est très loin », réagit Sabrina Rahmani, présidente du Collectif national pour un moratoire sur le gaz de schiste, fer de lance du mouvement anti-schiste algérien, contactée ce dimanche 17 mai par téléphone.

Les militants anti-gaz de schiste, qui disent ne connaître « ni de réputation, ni de nom » le nouveau ministre de l’Energie algérien, espèrent que celui-ci sera plus enclin à dialoguer avec la société civile sur la nécessité d’un moratoire que son prédécesseur. Youcef Yousfi s’était effectivement montré inflexible en ne donnant pas suite à la demande de moratoire déposée par le Collectif anti-schiste, fin février dernier, et ce malgré l’imposante et inédite mobilisation dans le Sud, notamment à In Salah, qui dure depuis plus de cinq mois. « Nous allons très bientôt envoyer un courrier au ministère pour demander à être reçu par le nouveau ministre », confie à Algérie-Focus Sabrina Rahmani. Pas sûr, en revanche, que cette rencontre ait lieu les prochaines semaines, étant donné que Salah Khebri doit se rendre dans une quinzaine de jours à Vienne pour son premier déplacement officiel, à l’occasion de la prochaine réunion des membres de l’Opep.