Gouvernance/ La « Moubayaâ » du gouvernement au FCE d’Ali Haddad

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Le gouvernement algérien a-t-il prêté le serment d’allégeance à l’organisation d’Ali Haddad ? Ce n’est pas de la provocation. Il s’agit bel et bien d’une question légitime qui revient aujourd’hui sur les lèvres de nombreux chefs d’entreprise algériens qui ne comprennent pas pourquoi le Forum des Chefs d’Entreprise (FCE), version Ali Haddad, bénéficie d’autant de favoritisme de la part de l’Etat. Cette organisation patronale, naguère affaiblie car divisée après des démissions en cascades de ses membres les plus influents, à l’instar d’Isaad Rebrab et de Slim Othmani, est devenue, aujourd’hui, la « béquille » du gouvernement Sellal. 

Le FCE a tant gagné en influence qu’il a le pouvoir d’écarter toutes les autres organisations patronales des cercles de décision. Preuve en est, lors des trois importants déplacements d’une délégation gouvernementale à Londres, Milan et Pékin,  il n’y avait de place que pour le FCE. Les autres entrepreneurs n’ont guère eu droit au chapitre. En décembre 2014, lors du déplacement d’Abdelmalek Sellal, Premier ministre, et d’Abdesslam Bouchouareb, ministre de l’Industrie, le FCE d’Ali Haddad a été singulièrement mis au devant de l’affiche. Les autres organisations, à l’instar de la Confédération générale des entreprises algériennes (CGEA), l’une des plus anciennes organisations, créée en 1989, la Confédération des industriels et producteurs algériens (Cipa) ou la Confédération nationale du patronat algérien (CNPA) ont été complètement marginalisées. En mars dernier, à Milan, en Italie, le ministre de l’Industrie et des mines, Abdeslam Bouchouareb, n’avait d’yeux et d’oreilles que pour les Ali Haddad, Mohamed Baïri et autres membres du FCE.

A l’occasion du forum économique algéro-italien qui s’est déroulé le 25 mars à Milan, un guide, dont nous détenons une copie, a été édité par le ministère de l’Industrie et distribué en marge de ce forum à tous les participants. Et naturellement, seules les entreprises appartenant aux membres du FCE y ont été citées. Les autres entreprises qui activent dans notre pays ne sont-elles pas, elles aussi, algériennes ? Abdeslam Bouchouareb n’a jamais voulu répondre à cette question lorsqu’il a été interpellé par les représentants des autres organisations patronales algériennes. Pis, à Milan, les membres de la délégation algérienne ont assisté à un dérapage sans précédent. Mohamed Laïd Benamor, président de la Chambre algérienne de commerce et d’industrie (CACI), est intervenu, en italien, dans une conférence au nom du FCE ! Ce qui constitue une violation des statuts de la CACI.

A Pékin, en avril dernier, lors du déplacement du Premier ministre, Abdelmalek Sellal, c’est toujours le FCE qui s’est accaparé la parole et la représentativité au nom des entreprises algériennes. En plus, le gouvernement a tout fait pour fermer la porte aux autres entrepreneurs algériens.  Le directeur de la gestion du secteur marchand public auprès du ministère de l’Industrie et des Mines, Ali Oumellal, a géré avec un ostracisme sans précédent l’organisation de la délégation d’hommes d’affaires algériens qui devait accompagner Abdelmalek Sellal. Une soixantaines de places ont été réservées dans un avion d’Air Algérie pour rallier Pékin. Des places « offertes » uniquement aux membres du FCE. Neghza Saida, la vice-présidente de la Confédération générale des entreprises algériennes (CGEA), a eu toutes les peines du monde pour monter dans cet avion et participer, en tant que représentante d’une autre organisation patronale, aux rencontres de la délégation algérienne à Pékin. Et une fois arrivée sur place, le nom de Neghza Saida ne figurait même pas sur la liste des réservations de l’hôtel où les invités et les membres de la délégation algérienne devaient être hébergés. Ali Oumellal, du département ministériel de Bouchouareb, l’avait-il oubliée ? Simple omission ou mise à l’écart, Neghza n’étant pas du FCE ?

Des sources bien informées ont assuré à Algérie Focus, qu’à Pékin, même le transport de la vice-présidente de la CGEA a été rendu difficile. Ainsi à l’aéroport, cette dame n’a trouvé personne pour l’accueillir et la transporter. Il aura fallu l’intervention d’un haut fonctionnaire au Premier ministère pour qu’elle puisse rejoindre son hôtel.

Dur, dur d’être un chef d’entreprise indépendant du FCE. Ce dernier semble avoir pris définitivement possession de la représentation patronale. L’Etat algérien ne reconnaît pratiquement aucune légitimité à ses homologues avec lesquels il ne dialogue, ni se concerte, plus. Pour Ali Haddad et son forum, on déroule le tapis rouge. Quant aux autres entrepreneurs algériens, ils ne récoltent que bureaucratie et exclusion. En fait, c’est pour renvoyer l’ascenseur à Ali Haddad et ses amis qui ont ostensiblement soutenu le quatrième mandat d’Abdelaziz Bouteflika, que le gouvernement algérien a permis le retour des grandes entreprises publiques, telles Cosider ou Air Algérie, dans le giron du FCE. Cette décision est intervenue juste après la reconduction du gouvernement Sellal au lendemain de la réélection d’Abdelaziz Bouteflika. A-t-on demandé l’avis des managers de ces entreprises publiques avant de leur intimer l’ordre de rejoindre le FCE ? Et au nom de quelle raison économique, les entreprises publiques doivent-elles adhérer au FCE et non pas aux autres organisations ? Des relents de favoritisme empestent l’atmosphère des affaires dans notre pays. 

 Photo de couverture signée Zinedine Zebar