Les cadres de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (LADDH) ont dénoncé, tour à tour, les atteintes à la liberté d’expression dans notre pays, lors du Forum des libertés sous le thème “Les libertés face à la régression continue”, organisée par la LADDH, dimanche  3 mai à Alger, à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse célébrée aujourd’hui.

« La liberté d’expression est mère de toutes les libertés. Elle inclut la liberté de presse, la liberté d’opinion et la liberté d’association, entre autres. L’Algérie est donc tenue de respecter cette liberté », soutient de fil en aiguille le président de la LADDH, Me Noredine Benissad.  Il relève ainsi « le flou entourant l’ouverture du champs audiovisuel au privé ». A ce sujet, il estime qu' »il n’y a pas de conditions transparentes à même d’accord la même chance à tous », avant de dénoncer « le monopole sur la publicité étatique et les imprimeries de presse que le pouvoir utilise comme un instrument de pression sur les journaux selon l’orientation de la ligne éditoriale de chaque organe ».

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Suspensions et arrestations

Me Benissad note également que « malgré la levée de l’état d’urgence et les réformes annoncées en 2011, les citoyens ne jouissent pas encore de leurs libertés ». Il en veut pour preuve les atteintes répétées à la « liberté d’expression, d’association, ou de manifester ». Il cite les cas de journaux et d’émissions télévisées ou carrément des chaînes suspendus (Mon Journal, El Dazairîa Week-end, Atlas TV…), les « prisonniers d’opinion » dans le sud du pays, notamment à Laghouat, El Oued et Ghardaïa, ainsi que le refus d’agréer des syndicats et des partis politiques. Autant de pratiques que Me Benissad assimile à « celles des colons, voire pire ».

Me Abdelghani Badi, pour sa part, fait savoir que « plus d’une dizaine d’affaires relatives à la liberté d’expression sont au niveau de la justice rien que durant le premier trimestre de cette année ». L’avocat et militant des droits de l’Homme trouve ce nombre effarant, car, souligne-t-il, « même en 2014, année pourtant marquée par des manifestations contre le 4e mandat, il n’y a pas eu autant de procès ». Et de s’interroger: « Pourquoi ce tour de vice dans le Sud du pays particulièrement ? »

Me Aïssa Rahmoune, vice-président de la LADDH, se réjouit, quant à lui, de la récente résolution relative à la situation des défenseurs des droits de l’Homme en Algérie adoptée par le Parlement européen. « La myopie européenne commence à disparaître. On ne peut que s’en réjouir », estime Me Rahmoune, qui appelle toutefois à accueillir cette résolution avec précaution. « On aboie depuis plus de dix ans et l’accord d’association Algérie-UE est conditionné dans son article 2 par le respect de la démocratie, alors pourquoi cette résolution n’a été adoptée que maintenant? », s’interroge-t-il, tout en relevant que la dernière résolution du genre remonte « à 2001, suite au Printemps noir de Kabylie ». Et de conclure: « Dans le document, les députés européens ne parlent que des cas dans le sud du pays. Veulent-ils nous adresser un message ? De toute façon, on les remercie pour cette résolution et on leur dit qu’on a compris ».