Le nom d’Ahmed Ouyahia est sur toutes les lèvres ces derniers jours, suite la démission d’Ahmed Bensalah de la direction du RND, le deuxième parti politique le plus important en Algérie après le FLN. L’ex-Chef du gouvernement, aujourd’hui chef de cabinet à la Présidence de la République, serait de retour pour reprendre les commandes du RND. Un poste stratégique à même de lui permettre d’envisager de briguer la Présidence, au moment où la succession d’Abdelaziz Bouteflika sera officiellement ouverte. Mais Ahmed Ouyahia futur président, est-ce un fantasme ou une éventualité parfaitement envisageable ?

Le débat fait rage à Alger. Entre les partisans et les détracteurs d’Ahmed Ouyahia, la « guerre » est déclarée. Pour les uns, Ahmed Ouyahia a véritablement l’étoffe d’un présidentiable. Pour les autres, il sera instrumentalisé par le régime dans une nouvelle configuration politique et il sera ensuite remisé au placard. « Un Kabyle, président ? Jamais ! Ce n’est pas possible en Algérie », répètent à longueur de journée les observateurs les plus pessimistes de la très obscure vie politique algérienne. « Ahmed Ouyahia est impopulaire et il ne saura jamais séduire la rue et rassembler autour de lui », affirment encore ces pessimistes, d’après lesquels l’establishment militaire algérien ne va pas aider ou miser sur « un impopulaire » pour succéder à Bouteflika. Une lecture que ne partagent pas d’autres connaisseurs des arcanes du régime algérien.

« Sellal, Tayeb Belaïz ou Amar Ghoul sont aujourd’hui beaucoup plus impopulaires qu’Ahmed Ouyahia. Les Algériens ont compris que ce dernier n’est cité dans aucune grosse affaire de corruption. Il est blanc comme neige par rapport à ses concurrents. Contrairement à Abdelmalek Sellal, Ouyahia se distingue par ses compétences et son sérieux. Les Algériens ne feront pas confiance à un blagueur. De nombreux hauts gradés de l’armée apprécient Ouyahia et trouvent en lui le dirigeant moderne qui manque à l’Algérie », analyse un haut cadre du RND, et député à l’APN, qui a requis l’anonymat. Cet avis est partagé par de nombreux militants du RND que nous avons interrogé.

Mais au-delà de sa propre formation politique, Ahmed Ouyahia est privilégié par des personnages généralement très influents ou bien informés, comme l’ancien officier du Service du renseignement algérien, à la retraite, Mohamed Khelfaoui. Ce dernier, dans une analyse reprise et diffusé par le site internet de la chaîne d’information américaine CNN, a fait savoir que Ouyahia est le mieux placé pour diriger une période de transition après le départ ou la disparition de Bouteflika.

Pour cet ancien officier du DRS, le retour surprenant d’Ahmed Ouyahia à la tête du RND est le signe prouvant que le régime algérien se prépare à organiser la succession de Bouteflika à travers une période de transition, notamment dans un contexte géopolitique très hostile marqué par la chute brutale des prix du pétrole et la montée de nombreux périls dans le voisinage immédiat du pays.

Quel serait donc le scénario de la succession ? Bensalah, en tant que Président du Conseil de la Nation, assurera un intérim de 60 jours, pendant les quels il sera appelé à assurer « la charge de chef de l’Etat avant que des élections présidentielles ne soient organisées ». Des élections présidentielles auxquelles Ahmed Ouyahia sera vraisemblablement dans la posture de favori. Les prévisions de cet ancien officier du DRS se concrétiseront-elles ? Seul l’avenir nous le dira…