Extorquer de l’argent en Algérie et s’enfuir aux Etats-Unis pour mener la belle vie. C’est le « joyeux » destin d’un homme d’affaires, ou plutôt d’un escroc, algérien qui a disparu depuis fin 2012 laissant derrière lui une entreprise fantoche à l’état cadavérique. Alidsplast est le nom de cette entreprise utilisée par cet affairiste pour importer des matières plastiques. Aldisplast est surtout le nom d’un scandale énormissime  étouffé par de hauts responsables de la Banque d’Algérie. 

Le scandale a eu lieu entre 2009 et 2010. Avec son ancienne entreprise, Polyone, monsieur Barka a obtenu des crédits de plus de 3 milliards de dinars auprès du « Crédit populaire d’Algérie » (CPA), à savoir près de 30 millions d’euros, qui ne seront jamais remboursés, révèle une source à la Banque d’Algérie. Pourtant, en de pareilles circonstances, lorsqu’un importateur n’honorent pas ses dettes auprès de sa banque, son nom et son entreprise doivent figurer sur le fichier de la Centrale des risques de la Banque d’Algérie. Il s’agit d’un fichier qui permet aux banques travaillant en Algérie  de s’assurer que celui qui sollicite un crédit est solvable et n’a pas d’impayés auprès d’un autre établissement financier. Ce fichier, d’une importance stratégique, est géré par une direction de la Banque d’Algérie appelée « La Centrale des risques », dont la mission est de déjouer les manœuvres des fraudeurs.

Le « Tlemcénien » !

 Étrangement, le ficher de la Centrale des risques n’a rien pu faire contre M. Barka qui, après avoir escroqué le CPA, a réussi à lever de nouveaux crédits, dont le montant excède les quatre milliards de dinars, soit près de 40 millions d’euros, auprès de trois autres banques étrangères, indique notre source aujourd’hui « écœurée » par l’impunité et la complicité dont avait bénéficié cet importateur indélicat. En effet, pour déjouer la surveillance de ces banques, M. Brka a simplement « enterré » sa première entreprise pour en créer une autre qu’il a baptisée « Alidisplast ». Selon nos informations, cette entreprise a comme adresse la Zone Industrielle de Chetouen à Tlemcen. M. Barka, pour impressionner ses interlocuteurs et les intimider, se targuait d’être un « Tlemcénien » proche de hauts responsables au sommet de l’Etat. Il recourait régulièrement aux menaces à l’encontre de ses interlocuteurs, en se targuant d’être un  » proche parent de Lyés Ferroukhi, le directeur du Commerce extérieur » et de Sid-Ahmed Ferroukhi, ministre de la Pêche et des Ressources Halieutiques ». Était-ce du pipeau ? Personne n’a pu le vérifier, puisque la Banque d’Algérie, au grand dam des ses inspecteurs révoltés par ce scandale, n’a jamais diligenté une enquête approfondie pour connaître la vérité sur cet obscur personnage qui a réussi, jusqu’à 2012, à obtenir près de 70 millions d’euros sans rendre un seul centime à une banque !

Plusieurs sources bancaires très informées nous ont révélés que M. Barka a bénéficié de complicités au niveau de la Banque d’Algérie, qui lui ont permis de voir son nom effacé du fichier de la Centrale des risques. Mais comment la Banque d’Algérie n’a pas su gérer un fichier aussi stratégique ? « Ne soyez pas dupes, la Banque d’Algérie a subi des pressions pour retirer le nom de ce M. Barka. Il avait dans son réseau des soutiens hauts placés. Sinon, il n’aurait jamais pu bénéficier d’une telle impunité », révèle une autre source au sein de la Banque d’Algérie, selon laquelle cet importateur pouvait également compter sur un réseau de « d’amis » au sein des banques étrangères et du CPA pour se voir octroyer aussi facilement des crédits mirobolants. Des sources concordantes assurent que l’ancien PDG du CPA et ex-ministre des Finances, Mohamed Djellab, avait pris connaissance de ce dossier et de cette arnaque. Pourquoi n’avait-il pas agi ? Mystère et boule de gomme.

70 millions d’euros qui finissent en rétrocommissions 

Qu’avait fait cet importateur de ces 70 millions d’euros ? « Il a opéré des opérations d’importation où il avait largement surfacturé la marchandise, chose qui lui a permis de transférer illicitement ses capitaux vers l’étranger. Ensuite, ses fournisseurs, avec lesquels il avait conclu le deal, lui ont remis des rétrocommissions transférées vers des comptes bancaires hébergés dans des paradis fiscaux, notamment les Bahamas », explique notre source.

70 millions d’euros ont ainsi pris le chemin des paradis fiscaux. Au moins 30 millions d’euros sont issus des caisses du CPA. C’est, par conséquent, l’argent de tous les algériens. Ces Algériens qui subissent la mal-vie et la misère dans leur propre pays alors que M. Barka écoule des jours heureux quelque part aux Etats-Unis, nous confirme une source sécuritaire, qui indique, par ailleurs, que le DRS a diligenté récemment une enquête pour démêler l’écheveau de ce scandale. « Mais, on ne pourra certainement jamais récupérer l’argent volé », regrette notre source. Les complices dans les banques étrangères ont également pris la poudre d’escampette en direction de l’Europe, notamment la France, a-t-on appris. Il ne reste aujourd’hui qu’une entreprise endettée et abandonnée. Il s’agit donc véritable hold-up qui aurait pu être évité si la Banque d’Algérie avait su comment protéger sa Centrale des risques.