Ce lundi 15 juin, François Hollande sera à Alger pour une visite exceptionnelle car elle ne va durer que quelques heures. Cette visite de « travail » suscite de nombreuses interrogations. Et pas seulement en Algérie. Même en France, de nombreux experts et spécialistes s’interrogent sur les enjeux réels de ce déplacement rapide de François Hollande à Alger. 

« Qui va gouverner l’Algérie demain ? La nouvelle génération est-elle prête ? » Ce sont là les deux questions autour desquelles devra tourner la visite du président français à Alger, croit savoir, à ce propos, Pierre Vermeren, professeur d’histoire contemporaine à Paris I et spécialiste des pays du Maghreb qui est revenu, ce lundi, dans les colonnes du quotidien Libération, sur les enjeux de la deuxième visite du président français à Alger.

Ce spécialiste confirme que la visite de Hollande à Alger intervient au moment où les cercles décisionnels français se retrouvent complètement dépassés par la confusion politique qui règne en Algérie. « Depuis des années, les Algériens disent que le pays est dirigé par un «système», et aujourd’hui, le «système» n’a même plus de visage. C’est ça qui rend la relation France-Algérie extrêmement compliquée. Qui dirige ? Qui a été élu ? Qui est l’Etat algérien ? Quelle est aujourd’hui «la légitimité démocratique» ? A la limite presque nulle. C’est qui l’Algérie ? L’armée ? Les «Services» [Direction du renseignement et de la sécurité, ndlr] ? Les puissances économiques ? Les grands intérêts capitalistes pétroliers ? C’est du jamais vu. Je ne connais pas de précédent illustrant une telle situation à la tête d’un Etat », analyse en toute franchise Pierre Vermeren.

L’Algérie est un avion sans pilote. C’est du moins le constat que dresse ce spécialiste, d’après lequel les dirigeants français sont confrontés à ce dilemme :  « On discute avec qui et de quoi ? Il n’y a aucun progrès sur le plan intérieur. Certes le pays est un facteur de stabilisation à l’extérieur, et protège la Tunisie en empêchant le chaos libyen de proliférer ; en fait la Tunisie «tient» grâce à la protection algérienne », a-t-il encore indiqué.

Pierre Vermeren note enfin « l’absence de perspectives, de gouvernement, de prévisions sérieuses ». Ce qui « engage, s’inquiète-il, un avenir très noir pour l’Algérie, pour la région, et aussi la France. Cette dernière ne peut se permettre de faire le moindre commentaire sur cette fuite en avant car ça serait extrêmement mal pris ».

« La situation économique en Algérie est suicidaire, et le décompte infernal est à nouveau enclenché. Il n’y a pas de gouvernement et tout est soumis à cette interaction: qui va gouverner l’Algérie demain ? La nouvelle génération est-elle prête ? Et sera-t-elle élue ? », s’interroge en dernier ce professeur. Des interrogations qui semblent préoccuper de nombreux algériens.

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