Plus aucune transaction immobilière ne peut se faire en Algérie sans paiement par chèque. Cette mesure a été rendue publique par le gouvernement sans laisser le moindre délai d’adaptation aux Algériens. Mais est-ce pour autant de la précipitation ? Pas du tout. C’est plutôt de la ruse, estiment des sources proches du ministère des Finances, selon lesquelles le paiement par chèque a été imposé de cette manière pour couper l’herbe sous les pieds des barons d’un secteur dans lequel l’argent sale circule massivement grâce à la spéculation. 

Le secteur de l’immobilier sera ébranlé dés mercredi prochain, le 1er juillet, car les spéculateurs, qui se jouent des prix comme bon leur semble, ne pourront plus toucher du cash. La récente mesure du gouvernement les oblige à bancariser leur argent. Un argent qui sera déclaré, ainsi, aux impôts puisque le paiement par chèque impose une traçabilité des transactions immobilières. « Cette mesure va faire fuir les barons qui blanchissent leur argent dans l’immobilier. Ils ne pourront plus ramener leur chkara et acheter dans une totale opacité des villas et des appartements », décrypte un responsable du ministère des Finances qui a requis l’anonymat.

« Même l’utilisation des prête-noms dans les transactions immobilières sera sans aucune utilité pour les spéculateurs, puisque les identités précises seront entre les mains des notaires et des inspecteurs des impôts. Les notaires auront l’obligation de déclarer les noms des acheteurs dans la mesure où le paiement se fera uniquement par chèque », explique, pour sa part, un agent immobilier qui connaît très bien les rouages de son secteur, qui va connaître une baisse conséquente des prix évaluée à, au moins, 20 % dès les premières semaines de l’entrée en vigueur du paiement par chèque. Cette estimation nous a été confirmée par de nombreux gérants d’agences immobilières. « Les spéculateurs vont se calmer. Auparavant, le manque de transparence concernant les origines des fonds utilisés pour acquérir des biens immobiliers faisait leur force. Aujourd’hui, ils vont perdre à partir du 1er juillet prochain cet avantage », conclut un banquier qui gère un établissement très bien côté à Alger.