Membre du groupe Isulas, un des porte-étendards les plus prestigieux de la musique kabyle moderne des années 70, Kader Alma a décidé, en compagnie d’autres amis artistes, de reprendre du service en fondant le groupe Imezwura. Il revient, dans ce bref entretien, sur ses expériences passées et livre sa vision de la musique kabyle d’aujourd’hui.

Vous êtes un ancien membre du groupe Issulas qui a disparu en 1978. Vous avez ensuite intégré les groupes Ithrane et Assalu, avant de vous éclipser de la scène artistique. Vous revenez, cette année avec le groupe Imezwura. Qu’est-ce  qui a motivé ce retour?

Je tiens en premier lieu à rendre un grand hommage à mon ami Mohand Aouine qui est l’auteur-compositeur et créateur du Groupe Isulas. Il m’avait permis à cette époque-là de fréquenter ce groupe et je me suis imprégné de leus talent. Ce qui m’avait donné envie de chanter. Mais, dommage Isulas n’existe plus en tant groupe depuis 1978.

A partir des Années 80, nous avoins créé, mon ami Cherif Isulas et moi, le Groupe Itren dans l’esprit de la continuité du Groupe Isulas qui représentait, pour notre génération, une école et  un patrimoine culturel avec un riche répertoire de plusieurs dizaines de chansons, chose rare à cette époque dans le genre moderne kabyle. Nous avions assuré plusieurs spectacles et galas en tant groupe Itren, mais malheureusement plusieurs de ses membres, tels Chérif et Lounes mon cousin, se sont installés en France depuis.

J’ai eu également une autre expérience avec le Groupe Asafu qui avait un riche répertoire en chansons. Mais faute de moyens, nous n’avions pas réussi à nous faire connaître du grand public, excepté peut-être dans le milieu universitaire. Nous avions été interdit d’antenne à cause de nos chansons engagées.

Après plusieurs années d’absence sur la scène artistique, je reviens donc cette année  avec quelques anciens amis musiciens sous le nom d’Imezwura. Notre retour à été motivé par 3 raisons essentielles: enregistrer toutes les anciennes chansons remisées au placard avec des arrangements nouveaux; montrer au public qu’il existe de la bonne musique moderne kabyle avec des textes bien ciselés contrairement à la musique non stop; s’inscrire de nouveau dans la continuité du combat culturel.

Le groupe Imezwura est en passe de sortir un album. Votre titre phare est un hommage à Mouloud Mammeri. Cela signifie-t-il que vous êtes engagés dans le combat identitaire?

Nous avons tenu à rendre un grand hommage à Dda Lmulud lors de notre passage dans l’émission Tizi n-Wasa présentée par Mourad Ait Mimou, et je profite pour saluer son engagement et son professionnalisme qui font le succès de son programme. Absolument, notre combat culturel et identitaire se poursuit et je salue aussi mes amis pour leur engagement.

Avec le recul dont vous disposez, quel regard portez-vous sur la chanson kabyle actuelle? De quoi se distingue-t-elle de celle des années 70 et 80?

A vrai dire,  je ne connais pas beaucoup qui œuvrent en tant que groupe dans la chanson moderne actuellement, comme cela existait dans les années 70-80. C’est souvent des carrières en solo qui caractérisent cette  nouvelle génération, avec des talents certes, mais cela est insuffisant pour valoriser la chanson kabyle. On peut pas être interprète, musicien, parolier et arrangeur en même temps. Dans les années 70-80 , les groupes étaient souvent entourés de paroliers, de musiciens et d’interprètes de qualité. C’est ce qui avait fait progresser la chanson kabyle moderne au delà de nos frontières. Un groupe c’est d’abord un esprit, un engagement et c’est aussi et surtout l’amitié.

Entretien réalisé par Rachid I.