Selon une enquête sur la santé des femmes et des enfants, diligentée par le ministère de la Santé, le niveau de vie des Algériens s’est indéniablement amélioré. Sceptiques, les associations de défense des droits sociaux affirment le contraire.

Le ministère de la Santé a publié ce mardi 9 juin les conclusions de la 4è enquête nationale à indicateurs multiples (MICS4). Un sondage sur la santé des femmes et des enfants, effectué entre octobre 2012 et janvier 2013, sur un échantillon de 28.000 ménages algériens.

Enfants battus et maltraités

L’enquête, longue de 400 pages, consacre un volet important à la violence contre les mineurs. Selon les résultats de la MICS4, près de 86% des enfants âgés entre 2 et 14 ans ont reçu des « punitions » physiques ou psychologiques entre 2012 et 2013. Interrogé par nos soins, le Réseau algérien pour la défense des droits de l’enfant (Nada) dit apprécier la prise de conscience des pouvoirs publics. « Les autorités publiques mettent enfin en lumière le phénomène de maltraitance des enfants et confirment ainsi l’ancrage dans la société algérienne de la violence contre les enfants que nous dénonçons et contre lequel nous luttons », a réagi Abderrahmane Arar, président de Nada.

Entre juin 2014 et mai 2015, le Réseau Nada a reçu sur son numéro vert 3033 plus de 18.000 appels ! Ce numéro vert, lancé en 2008, est, rappelons-le, accessible sur les téléphones fixes et les trois opérateurs de téléphonie mobile depuis juin 2015.

Le Réseau de défense des droits des enfants regrette, dans le même temps, que « la prise en charge psychologique et médicale des victimes reste modeste ». « Il va falloir travailler sur une dimension éducative et préventive pour venir à bout de la maltraitance des enfants », préconise Abderrahmane Arar.

Les autres conclusions de l’étude sont, en revanche, nettement plus positives. Parmi les progrès répertoriés par l’enquête MICS4, Abdelmalek Boudiaf a évoqué ce mardi des « progrès incontestés » en matière de prise en charge des femmes enceintes. D’après l’enquête MICS4, 93% d’entre elles reçoivent des soins prénatals et 97% de parturientes sont assistées durant l’accouchement par un personnel qualifié.

De leur côté, les associations défense des droits de l’Homme sont loin d’être convaincue par le ministère de la Santé. La Ligue algérienne de défense des Droits de l’Homme estime ainsi que la « couverture sanitaire en Algérie n’est pas à la hauteur des moyens dont dispose l’Etat ». « D’après nos observations, le nombre de malades atteints du cancer et n’ayant pas accès aux soins augmente de façon dangereuse. Les patients souffrant de cancer sont ainsi davantage condamnés faute de moyens que tués par la maladie elle-même », affirme Me Salah Dabouz, président de la Ligue algérienne de défense des Droits de l’Homme (LADDH), qui pointe du doigt le manque de moyens des hôpitaux publics. « Il m’est arrivé de moi-même pousser des brancard à l’hôpital Mustapha Pacha d’Alger. Et les roues de ce brancard étaient cassées ! », se souvient-il.

Inégalités entre les régions

À l’intérieur du pays, la situation sanitaire est pire. Certains patients parcourent des kilomètres entiers pour avoir accès à des soins élémentaires. « Parfois, dans certaines régions reculées du pays, les malades sont obligés de ramener le matériel qui va servir à les soigner comme du fil pour des points de suture ou un traitement médical particulier », souligne Me Salah Dabouz.

Tout sourire, Abdelmalek Boudiaf s’est félicité des « avancées appréciables et indéniables dans l’amélioration générale des conditions de vie de la population algérienne ». Un optimisme appuyé par quelques chiffres. Le ministre de la Santé, cité par l’APS, a ainsi fait valoir que désormais 85% des Algériens ont un accès à l’eau potable et 95% des foyers sont dotés d’installations sanitaires.

Là encore, pour les défenseurs des droits sociaux, il n’y a pas lieu de se réjouir. « Après plus de cinquante ans d’indépendance, on est encore à parler de douches et de toilettes installées chez les gens. C’est quand même la moindre des choses », s’indigne Me Salah Dabouz, qui rappelle que les coupures d’eau restent quasi quotidiennes dans le pays.