Ali Benflis, escorté par ses militants, entre au Conseil constitutionnel pour déposer son dossier de candidature. Le 4 mars 2014 à Alger.

Le candidat malheureux à l’élection présidentielle 2014, Ali Benflis a ouvert le congrès constitutif de son nouveau parti « Talaiou El Houriyet », ce samedi 13 juin, à Alger. Venus des quatre coins du pays, ses partisans voient en lui « l’homme de la situation ».

Un peu plus d’un an après sa cuisante défaite à l’élection présidentielle 2014 – crédité de 12,3% des suffrages exprimés -, Ali Benflis  a mis en ordre de marche son nouveau parti politique « Talaiou El Houriyet » (les Avant-gardes des libertés). Il a inauguré le congrès constitutif de sa nouvelle formation politique ce samedi, à l’hôtel Hilton d’Alger. Objectif : Fonder une force politique susceptible de se poser en alternative à l’historique Front de Libération nationale.

Le défi est de taille dans un système politique aussi verrouillé. Mais l’ex-secrétaire général du FLN peut faire valoir un atout sérieux : sa base militante, qui n’a pas lâché l’enfant des Aurès malgré un double échec aux élections présidentielles et une traversée du désert, longue de dix ans.

Beaucoup de monde ont ainsi répondu présent sous le chapiteau de l’hôtel Hilton d’Alger, ce matin. Mais, dans la salle presque remplie, peu de commentaires. Soupçonneux, voire méfiants, les adhérents de « Talaiou El Houriyet » craignent de parler aux médias. Du côté des organisateurs, la tentation est tout aussi palpable. Un faux pas durant le congrès constitutif entacherait la crédibilité de la jeune formation politique. « Certains ont peur de dire des bêtises, d’autres craignent les infiltrations ou les perturbateurs. On a déjà eu à faire à cela par le passé », explique Mahmoud Wali Aïssi, membre-fondateur de « Talaiou El Houriyet », assis au centre du chapiteau.

S’il y a bien une question à laquelle les sympathisants d’Ali Benflis sont habitués de répondre, c’est bien celle portant sur le passé politique de leur leader. Tour à tour, ministre de la Justice, directeur de campagne d’Abdelaziz Bouteflika, Premier ministre et, en même temps, SG du FLN, Ali Benflis a suivi jusqu’en 2004 la trajectoire classique des haut fonctionnaires de l’Etat algérien. Sa récente conversion en farouche opposant, au discours anti-système virulent, pose question. Benflis, fils du système ou du changement ? L’ancien cacique du régime peut-il incarner la transition démocratique, prônée par l’opposition politique algérienne ? Si beaucoup en Algérie s’interrogent encore sur les réelles intentions de l’ancien poids lourd du FLN, ses militants, eux, n’en doutent pas.

Reconversion

« Benflis, fils du système ? C’est une question légitime d’apparence mais il ne faut pas oublier que quand il a commencé la politique à la fin des années 1980 nous étions encore sous le régime du parti unique. Ali Benflis est un républicain, un démocrate, il a prouvé à chaque fois qu’il a démissionné de ses postes, ministre de la Justice, Premier ministre … parce que les décisions prises au-dessus de lui n’étaient pas en adéquation avec ses principes », estime Badis Khenissa, PDG de Jawell-dates, animateur de la campagne présidentielle de Benflis en France. Assis aux premiers rangs, il ajoute : « Ses convictions lui ont d’ailleurs coûté sa carrière. Pendant ses dix ans loin du pouvoir, il s’est rapproché du peuple. Il a pris la température du peuple dans le peuple et non pas dans une caste à part ».

Pour d’autres, les « années FLN » de Benflis, loin de le discréditer, sont un gage d’expérience. Une qualité dans une préiode charnière de l’histoire du pays. « Ali Benflis connaît les rouages du régime, c’est un avantage de connaître de l’intérieur son ennemi quand on prépare la transition démocratique », avance Khadidja, membre du bureau d’El Oued de « Talaiou El Houriyet », à l’extérieur du chapiteau. Bien qu’issu du sérail, Ali Benflis est un « homme de loi avant tout », assure cette avocate.

Alors que l’Algérie est entrée dans une phase d’austérité, suite à la diminution des prix du baril de pétrole, Benflis est l’homme de la situation, pour ses militants. Sur les lèvres de tous, le même « espoir ». Espoir d’un renouveau, espoir d’un changement sans violence. « Pour tous les jeunes qui ont des compétences, les républicains d’Algérie et ceux qui veulent sortir de la crise politique, sociale et économique que traverse le pays, Ali Benflis est un refuge, un espoir », lance Mahmoud Walid Aïssi, avant la prise de parole du fondateur de « Talaiou El Houriyet ». Quelques rangs devant, Badis Khenissa acquiesce : « La politique approximative du gouvernement et d’achat de la paix sociale est en sursis étant donné la crise pétrolière et économique mondiale. Il n’aime pas qu’on dise cela de lui pour l’avoir rencontré mais c’est vrai, Benflis est un homme providentiel, c’est l’homme de la situation. C’est un leader né ».

L’homme de la situation

Bien conscient des attentes du peuple algérien, Ali Benflis a d’ailleurs répété ce terme à l’envi durant son discours fleuve d’inauguration du congrès constitutif. « L’espoir et ses sources intarissables sont dans l’histoire même de notre vieille Nation. L’histoire de notre Nation elle-même est une grande leçon d’espoir. Après chaque échec, après chaque défaite, après chaque revers, cette Nation a toujours su puiser du plus profond d’elle-même la résilience, la force morale et les ressources inépuisables qu’elle porte en elle-même pour se relever, résister, triompher des adversités, continuer à avancer et ne jamais abandonner sa place parmi les autres Nations. Face aux revers, à l’échec, à la défaite ou à l’adversité », a déclaré Ali Benflis, lors de son allocution.

Le président du parti sera désigné dans la soirée. Sans surprise, Ali Benflis devrait être élu à la tête du mouvement qu’il a initié.

Notez cet article