Ahmed Ouyahia détonne et étonne. L’homme des « sales besognes » sort de là où on l’attend le moins. Et même lorsqu’il donne l’impression de « faire l’éloge » de quelqu’un, les analystes les plus avertis y lisent une critique contre le chef de l’Etat.

En effet, après avoir habilement épargné le chef de l’Etat qu’il a même affublé de louanges, Ahmed Ouyahia, qui a repris dernièrement les rênes de son parti, le Rassemblement national démocratique (RND),  revient quelques jours après pour sortir ses griffes.  Il s’insurge ainsi contre « un discours populiste » qui « ne dit pas la vérité aux Algériens ». La vérité, est, selon lui, que « nous avons perdu 50%  de nos recettes. Dans le même temps, estime-t-il, le sens  de l’effort et du travail a reculé ». Ce qui est, d’après lui, n’est pas dit dans le discours officiel.

La critique est directe. Précise. Elle s’adresse aux gouvernants. Mais lorsque la question lui est directement posée, Ouyahia sait se détourner : la critique ne s’adresse pas au Premier ministre Abdelmalek Sellal, dit-il. A qui alors? La réponse,il faudra la deviner en disséquant son discours. Car, il est notoire qu’Ouyahia n’est jamais explicite lorsqu’il s’agit de ses « frères » de l’Exécutif. Il dit une chose et son contraire. Mais il vise un seul objectif : reprendre sa place de Premier ministre. Mais cette fois-ci, et contrairement aux précédentes, il n’aura pas beaucoup d’obstacles pour appliquer non pas le « programme du chef de l’Etat », mais plutôt pour mettre en oeuvre sa propre vision des choses.

De son projet, on connaît un bout. Il a donné, la semaine dernière, un avant-goût de ce qu’est le programme de Ouyahia. Quitte à fâcher ses alliés, il s’est même permis d’avancer que « la révision de la constitution n’est pas la priorité »!. Pourtant, jusque-là, le chef de l’Etat avait toujours fait de la révision de la constitution une priorité. « La priorité, c’est la situation économique », avertit Ouyahia. Deux visions de pouvoir. Deux visions de sortie de crise. Mais les deux hommes s’entendent sur l’essentiel : rester au pouvoir tant qu’il n’y a rien en face.

Une chose est désormais établie : Ouyahia va revenir dans le giron de la décision politique et au plus haut niveau. Ce n’est peut-être pas à la Présidence, dans l’immédiat. Mais son immersion fracassante dans le débat politique laisse croire qu’il reprendra, au moins, son poste de Premier ministre.

Essaïd Wakli

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