La nature présumée ethnique ou religieuse de l’épisode meurtrier de Ghardaïa continue de susciter le débat en Algérie.

Alors qu’un habitant de Guerrara, âgé de 53 ans, blessé par un projectile lors des violences qui ont marqué la vallée du M’Zab, a succombé lundi à ses blessures, portant le bilan des victimes à 23, les raisons du conflit continuent d’être l’objet de vives discussions en Algérie.

Présenté dans les médias nationaux comme un affrontement ethnique entre, d’un côté, les mozabites, des musulmans ibadites berbérophones, et de l’autre les malékites, des musulmans sunnites arabophones, la Commission nationale consultative de promotion et de protection des Droits de l’Homme (CNCPPDH) apporte une autre lecture du conflit, qui secoue la wilaya de Ghardaïa depuis la fin de l’année 2013.

Conflit social

Dans son rapport annuel, rendu public mardi 14 juillet, la Commission présidée par l’avocat Farouk Ksentini affirme que « ces incidents n’ont rien à voir avec les Droits de l’Homme, ni avec aucune considération religieuse ou idéologique » mais qu’ils sont, au contraire, « à caractère social, notamment la question de l’obtention de l’acte de propriété, le logement et les soins ». Les mozabites reprochent à l’autre communauté, plus nombreuse, de se saisir de gré ou de force de leurs fonciers, repoussant ainsi les ibadites en dehors de la ville de Ghardaïa.

Diviser

Dans un billet posté sur sa page Facebook, l’anthropologue algérien Ahmed Ben Naoum a lui aussi critiqué ceux qui évoquent un problème entre « arabes » et « berbères » à Ghardaïa, prenant leurs « fantasmes pour des réalités ». Pour ce professeur de l’université de Perpignan, dans le sud de la France, il existerait une entreprise délibérée de résumer ces violences à des heurts ethniques dans lesquels une « minorité » serait menacée. « 

Pour lui, ceux qui veulent le présenter comme un problème entre « arabes » et « berbères » prennent leur « fantasmes pour des réalités ». Il souligne que les « ibadhites parlent la langue des Zénètes et l’arabe des Zénètes. Ils ont toujours été parfaitement bilingues et ont toujours été instruits en arabe ». En rétablissant la bonne orthographe de ch’anba, présentés à tort, selon cet universitaire,  comme des « arabes », Ahmed Ben Naoum rappelle que « les « cha’anba » sont des berbères Zénètes et ne sont pas des arabes. Et de conclure : « Notre ignorance de notre propre histoire crée la division dans notre société », dénonçant la « nullité voulue et construite » de l’université algérienne qui devient alors un « instrument actif » d’une future déstabilisation du pays.