Pénurie de médicaments / À qui la faute ?

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Pharmacies et hôpitaux sont davantage frappés par la pénurie de médicaments essentiels durant ce mois de Ramadhan. Mais, le gouvernement continue de nier le problème. Des syndicats évoquent un dysfonctionnement au niveau de la distribution, pointant du doigt les grossistes.

Sintrom (anticoagulant), Avlocardyl (contre les troubles cardio-vasculaires), Aldomet (destiné aux femmes enceintes hypertendues) etc. Et la liste est loin d’être exhaustive. Depuis le début du mois de Ramadhan, le nombre de médicaments essentiels manquant à l’appel sur les rayons des pharmacies du pays a sensiblement augmenté, selon plusieurs sources concordantes.

Les malades sont donc livrés à eux-mêmes face à la pénurie de médicaments que les pouvoirs publics ne reconnaissent curieusement pas. Le ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière a longtemps nié l’évidence, affirmant que les « hôpitaux disposent de tous les médicaments et il n’y a pas de rupture de stocks », et que les établissements sanitaires sont approvisionnés de façon « régulière et continue », par le biais du directeur de la pharmacie et des équipements au ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Hamou Hafedh.

Les lobbies de grossiste

Les défaillances au niveau de la distribution des médicaments sont souvent mises en exergue par les professionnels du métier pour expliquer les ruptures de stocks fréquentes. La responsabilité des grossistes est notamment mise en cause. À cet égard, le président du Conseil de l’Ordre des médecins, le Dr Mohamed Bekkat Berkani, a estimé que « le problème réside dans le rétention des médicaments chez les grossistes » et qu’il est temps de « revoir le circuit actuel des grossistes ». « Un certain nombre de grossistes disposant d’un agrément n’ont jamais importé », assène-t-il, considérant que « 500 grossistes réels et supposés » opèrent dans le secteur du médicament en échappant totalement au contrôle des pouvoirs publics. Autrement dit, des grossistes organisés en lobbies seraient à l’origine des pénurie de médicaments sur le sol algérien en pratiquant volontairement la rétention de produits.

Le ministère de la Santé semble enfin vouloir donner un coup de pied dans la fourmilière. Le département dirigé par Mohamed Boudiaf a annoncé mardi 7 juillet la révision du cahier des charges de la distribution des médicaments. Le document sera très prochainement réactualisé car, à ce jour, seuls 30 distributeurs sur les 600 agréés assurent 80% de la distribution des produits en Algérie, ont reconnu mardi le président du conseil d’éthique et de déontologie pharmaceutique le Dr Lotfi Benbahmed et le Dr Hamou Hafedh, lors d’une conférence de presse animée conjointement.

À quand une Agence du médicament ?

La mise à jour du cahier des charges de la distribution des médicaments suffira-t-elle à ébranler le monopole des grossistes ? Du côté des professionnels du médicaments, on attend et espère une autre mesure : l’entrée en vigueur effective de l’Agence nationale du médicament et la nouvelle loi sur la santé pour réguler le marché. Créée sur le papier en 2008, l’Agence nationale du médicament n’a toujours pas d’existence réelle. Or, « seul le lancement de l’Agence du médicament pourrait remédier à ce problème, car il s’agit de l’unique organe capable de suivre la traçabilité des médicaments et de régler leur circuit », conclut le Dr Bekkat Berkani.