Ramdane Taâzibt a fait partie de la délégation du Parti des travailleurs (PT) dépêchée récemment à Ghardaïa pour s’enquérir de la situation sur place. Dans cet entretien accordé à Algérie Focus, le cadre et député de la formation de Louisa Hanoune revient sur la teneur des discussions que sa délégation a eues avec les représentants des deux communautés en conflit. Il évoque les conclusions auxquelles ses compagnons et lui sont parvenus. Il donne également plus de détails sur ‘la main de l’étranger’, leitomotiv du PT. Il s’exprime par ailleurs sur le rôle présumé du Maroc dans cette tragédie.
Algérie focus: Vous avez été à Ghardaïa dans le cadre d’une mission parlementaire de votre parti. Qu’avez-vous constaté sur place ?
 
Ramdane Taâzibt: Le Parti des travailleurs a décidé de dépêcher une délégation de cadres et de parlementaires parce que nous considérons qu’à travers Ghardaïa, c’est l’Algérie qui est visée et qu’il fallait exprimer notre solidarité et notre présence aux cotés de la population locale. Sur place, il y avait une atmosphère lourde, de tristesse, de questionnements et tout le monde s’interrogeait: Comment en est-on arrivé là? Nous avons rencontré les représentants des deux communautés (les Mozabites ibadites et les Arabes malékites, NDLR). Ils sont touchés dans leur chair puisqu’ils ont perdu des membres de leurs familles. Dans le même temps, ils sont d’une grande dignité. Tout en pleurant leurs proches disparus, ils font tout pour arrêter la fitna et la discorde, éviter d’autres morts et surtout empêcher la reproduction de tels événements.
Comment interprètent-ils ces événements tragiques ?
 
Chez nos interlocuteurs, tout le monde se dit qu’il est fort probable qu’il y ait un troisième acteur en dehors des deux communautés. Cette troisième partie a essayé d’utiliser les problèmes sociaux et économiques, qui se sont accumulés depuis des décennies dans la région, pour semer le chaos. Le terrain était donc propice aux provocations. Les habitants de Ghardaïa soupçonnent une planification et une préparation préalables de ces événements. Ils décrivent des scènes de guérilla avec des méthodes et des tactiques qui sont mises en œuvre dans le but de faire un grand nombre de morts et provoquer l’irrémédiable. Nous avons ressenti chez eux un désagréable sentiment d’isolement et ils avaient soif de s’exprimer et de s’extérioriser. L’Etat doit être l’acteur principal à même de ramener la sécurité et la sérénité dans cette wilaya.
 
Les deux communautés sont d’accord avec ces mesures sécuritaires. Elles adhèrent à cette démarche consistant à rétablir la sécurité dans un premier temps et réfléchir dans un second temps à des solutions durables.
 
Les deux communautés, ibadite et malékite, sont-elles opposées l’une à l’autre ?
 
Contrairement aux idées reçues, les malékites et les ibadites vivent ensembles et ils ont même des projets communs dans le commerce et l’agriculture. Mais ils reconnaissent l’existence d’extrémistes en leur sein. On peut donc arriver à la conclusion qu’il y a des forces extérieures à Ghardaïa qui utilisent ces extrémistes pour fomenter et créer des troubles. Cela n’exclut bien évidemment pas le fait qu’il y ait des milieux mafieux, des trafiquants de drogue qui veulent faire diversion. En somme, ibadites et malékites sont conscients que cette tragédie n’intervient pas à ce moment précis par hasard. Ils l’a lient à ce qui se passe dans les pays de la région, le « Grand Moyen-Orient (GMO) » et la dislocation des Nations. Ils savent qu’il y a une volonté de pousser à la fitna et à la discorde. Chez les deux communautés, tout le monde se désole que des Algériens s’entretuent. C’est quelque chose qui fait très mal et qui pousse tout le monde à réfléchir.
Où est le rapport entre le ‘GMO’ et les troubles de Ghardaïa ?
 
A travers le projet du ‘Grand Moyen-Orient’, les Américains veulent déstabiliser tous les pays de la région. Il y a même une carte géographique élaborée par le Pentagone. Leur objectif est de morceler les Etats-nations pour mieux les piller et mieux les soumettre.
Qui sont ces forces étrangères ayant une responsabilité dans la tragédie de Ghardaïa ?
Je n’ai pas le droit d’identifier ces forces parce que même les habitants de la région ne savent pas exactement de qui il s’agit. Mais, ils ont une intime conviction que ce qui s’est passé n’est pas fortuit et qu’il a été préparé de longue date. Ils avaient des soupçons dans le passé, mais sans éléments d’information. Mais là, avec la tournure qu’ont prise les événements, la donne a changé. 25 morts en quelques heures, ça ne tombe pas du ciel.
Certains cercles accusent le Maroc d’être derrière les événements de Ghardaïa. Qu’en pensez vous ?
Il y a beaucoup d’ONG et de militants qui séjournent au Maroc, qui est une plaque tournantes des organisations non-gouvernementales. Mais, je ne pense pas qu’un pays frère peut aller jusqu’à créer des troubles à Ghardaïa. Parce qu’en réalité, si l’Algérie est déstabilisée, le Maroc ainsi que toute la région seront déstabilisés.
Entretien réalisé par Abdou Semmar
 
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