Horrible ! C’est le seul mot qui vient à l’esprit pour qualifier les insoutenables images de la maternité de l’hôpital de Constantine diffusées par l’ENTV, la télévision gouvernementale, qui sort enfin de son silence pour dénoncer la gestion scandaleuse des établissements de santé publique en Algérie. La maternité en question peut allègrement servir de décor pour un film d’horreur. Et c’est encore peu dire!

Dans un reportage de l’ENTV, qui a échappé aux rets de la censure, on y voit plusieurs femmes partageant le même lit, ou encore trois nouveaux-nés agglutinés dans le même bocal au service de néonatologie dans lequel seulement quatre infirmières s’occupent de plus de 80 bébés ! Au niveau des salles d’accouchement, les images prises par l’ENTV révulsent : les lits qui servent à l’accouchement sont remplis de vers et de divers détritus. Des tâches de sang séchées et des nids de punaises sur ces lits donnent à la salle d’accouchement une image de véritable mouroir.

Les médecins confient leur désarroi face à ce désastre : « Nous sommes tout simplement dépassés. Nos patientes viennent de tout l’est du pays. L’infirmière qui doit uniquement s’occuper de deux femmes enceintes se retrouve contrainte à travailler avec 52 patientes », s’indigne une chef de service. Et face aux protestations des citoyens en raison des pannes de tous les appareils d’échographie, un autre chef de service explose de colère et déballe tout devant les caméras de l’ENV : « Tous nos appareils sont en panne. Nous avons reçu du matériel vétuste d’un autre établissement. On nous promet du nouveau matériel, mais, pour l’heure, on bricole ! »

 Kamel Said, le directeur du CHU de Constantine n’a pas fui les caméras de l’ENTV. Il a reconnu que son hôpital prend en charge des malades des wilayas environnantes car leurs directeurs de la santé ne font pas leur boulot. « Que chacun assume ses responsabilités », fulmine-t-il. Mais, la-haut, au sommet du ministère de la Santé et du gouvernement, qui va assumer ses responsabilités ? Qui sera sanctionné pour cette gestion désastreuse qui met des vies en péril ?