Ma photo week-end

Abou Al Baraâ, c’est ton nom de guerre. Un nom qui est censé inspirer la crainte, la terreur, l’admiration ou la dévotion. C’est selon. Moi, il m’inspire uniquement le dégoût. Au mieux, la pitié. Ton véritable nom est Mohamed Derri. L’année dernière, je t’ai consacré un article sur Algérie-Focus afin d’avertir les enfants de mon pays contre tes méfaits. L’année dernière, tu apparaissais sur des vidéos en train d’exécuter, ou plutôt égorger, des « prisonniers ». 

Tu les tuais au nom d’une guerre sainte que tu menais en compagnie de plusieurs milliers de tes acolytes en Syrie. A cette époque-là, tu servais au Front al-Nosra, ce groupe terroriste qui ensanglante la Syrie sous le prétexte fallacieux de lutter contre la dictature de Bachar Al-Assad. Aujourd’hui, tu es devenu un haut gradé dans l’armée de Daech, l’organisation terroriste la plus immonde de l’histoire.

Tu considères avoir gravi des échelons ? Non, tu t’es simplement enfoncé dans les abîmes de l’ignominie.  L’année dernière, j’avais raconté un bout de ton histoire. Ton enfance terrible dans une famille très pauvre d’un quartier populaire des Eucalyptus dénommé « la Cité CNEP ». Un quartier sinistré de la banlieue algéroise que nos autorités méprisent. Dans ce quartier déshérité, tu as été nourri de frustrations, blessé par le déshonneur que t’infligeaient les inégalités sociales. Tu as été forgé par les espoirs déçus d’une Algérie qui retrouvait la paix après dix ans de guerre civile. Petit à petit, l’exclusion sociale et ta condition de sans-grade t’ont fait basculer dans le radicalisme. Tu fréquentais les mosquées d’Abd al-Mumin, El-Islah au lieu-dit Château Rouge. Des mosquées régentées par les plus durs des salafistes. Tu as assisté à leurs halaqates. Tu as crû en leurs promesses. Tu as été berné par leurs mensonges sur les bienfaits du djihad armé.

Ton père, un simple chauffeur de taxi clandestin et ta mère, une femme infortunée humiliée par les insultes des habitants de ton quartier qu’ils la considérait comme une « sorcière », ont accentué ton désarroi. Tu as pris tout seul le train du fanatisme religieux qui t’a conduit tout droit à la gare du terrorisme. A cause de toi, ta soeur fut licenciée de son travail et tomba gravement malade. Après ta fuite en Syrie, les services de sécurité l’ont mise en quarantaine. Une famille détruite, une jeunesse gâchée, tu n’as pas arrêté pour autant de semer le mal. Il y a dix mois, tu as réussi à embarquer avec toi, en Syrie, 18 jeunes des quartiers de « Salembier », la Cité CNEP, Lotissement et d’autres cités maudites des Dieux. Tu envoyais tes émissaires dans les mosquées Okba Ibn Nafaâ et Nour El Houda à la cité des 1600 logements pour endoctriner les brebis galeuses. Tu as trompé ces jeunes en leur faisant croire que vous alliez libérer la Syrie. Mais, en réalité, vous tuez des innocents et vous propagez le terrorisme dans tout le Moyen-Orient.

Tu vois, je connais beaucoup de chose sur toi, Abou El Baraâ. J’ai enquête sur toi. Mais, je n’ai pas voulu publier mes informations dans un simple article froid et fade. J’ai souhaité t’adresser une lettre pour te dire de « foutre la paix » à notre jeunesse. Tu as détourné du droit chemin Samir, un jeune de 23 ans, originaire de ce quartier de chalets appelé « Salembier » aux Eucalyptus, un quartier rongé jusqu’à l’os par le salafisme radical, le frère d’Ali Belhadj y habite comme par hasard. Tu as chargé ta cellule malveillante de le recruter parce qu’il est une cible facile en raison de sa foi débordante, mais surtout sa « misérable » condition sociale. Il a pris l’avion jusqu’en Turquie, en compagnie d’un autre jeune de « Salembier », et t’ont rejoint à Alep, en Syrie. La-bas, tu les as obligés à servir Daech. A tuer sous leur bannière. A massacrer des innocents. Tu leur as vendu tes chimères. Tu as lavé leurs cerveaux plus blanc que neige. Mais, un jour, et ce jour se rapproche de plus en plus, tu devras rendre compte de tes crimes.

Nous n’allons pas te laisser faire. Nous dresserons une muraille contre tes horreurs. Nous irons voir tous les jeunes des quartiers des Eucalyptus et nous leur raconterons ton parcours infâme, tes tribulations sanglantes. Ton enfance cruelle, ta vie broyée par les injustices et la misère ne justifient en rien que tu sois devenu un chef terroriste.

Il y a d’autres chemins pour remédier aux maux qui minent notre société. Cette lettre, tu ne la liras peut-être jamais, mais, quelque-part, parmi les décombres d’Alep, tu entendras une voix telle un écho à mes griefs. Tu comprendras à ce moment-là que tu ne seras jamais le héros de tous les « mahgourines » des Eucalyptus. Jamais!

Notez cet article