Créer une entreprise en Algérie, développer une activité économique, créer de l’emploi et de la richesse est un rêve que beaucoup d’Algériens cultivent depuis leur enfance. Malheureusement, il vire souvent au cauchemar. La raison ? L’incroyable machine bureaucratique qui oblige les entrepreneurs à courir pendant plus de trois mois, voire plus dans de nombreux cas, pour créer une simple entreprise. 

La galère de l’entrepreneur commence dés la première étape : le statut et la dénomination. En effet, il faut se rendre chez le notaire pour établir le statut de l’entreprise que l’on veut créer : une Sarl, une Eurle, etc. Ensuite, il faut solliciter le Centre de Registre de Commerce (CNRC) pour déterminer la dénomination de votre entreprise. Rien qu’à cette première étape, on va vous demander de revenir trois à quatre jours plus tard. Et pourtant, une simple recherche dans un fichier centralisé suffit pour vous informer si la dénomination que vous avez choisi est libre de droits ou nom.

Mais, le plus dur reste à venir car il faut reprendre le chemin du CNRC pour obtenir son registre de commerce. Et à ce propos, il faut patienter une semaine entière sauf si…vous êtes pistonnés. Ensuite, et la torture commence à ce stade, il faut se rendre à l’inspection des impôts de votre circonscription administrative pour demander votre carte fiscale. Une pièce maîtresse  dans votre dossier de création d’entreprise. Et en Algérie, de nombreux entrepreneurs subissent des délais d’attente de… trois mois pour se voir délivrer enfin cette précieuse carte ! Naturellement, si vous êtes pistonnés, elle vous est délivrée dans les 15 ou 20 jours qui suivent le dépôt de votre demande.

Après cette terrible épreuve, il faut surmonter l’obstacle de l’immatriculation NIF, à savoir la carte d’identité fiscale ou le numéro d’identification fiscale qu’il faut obtenir auprès de l’Office National des Statistiques (ONS) à Alger-Centre. Impossible de se la faire attribuer dans un délai inférieur à 15 jours. Bien sûr, là encore avec du piston, il est possible de régler son affaire en un tour de main.

Enfin, piston ou pas, pour chaque étape, il faut une tonne de documents administratifs légalisés, photocopiés, de l’acte de naissance jusqu’aux agréments exigés par nos autorités pour exercer dans divers secteurs. Il faut aussi corriger de nombreux documents attribués par notre chère administration parce qu’ils contiennent des erreurs dans la consignation des noms. Et c’est à la fin de tout ce parcours fastidieux que l’on peut voir le bout du tunnel. Il ne reste dès lors que l’ouverture d’un compte bancaire pour que l’entreprise soit prête à démarrer. Au cours de ce chemin de croix, plusieurs entrepreneurs algériens jettent l’éponge, à cours de patience. A qui la faute ? A une administration sclérosée et en décalage avec les besoins économiques de notre pays.

L’Algérie est classée par la Banque mondiale parmi les pays où on perd le plus temps pour créer une simple entreprise. En Allemagne, le temps nécessaire pour en créer une est d’à peine 15 jours. En Belgique, 4 jours; au Canada, 5 jours; en Corée du Sud, 4 jours, aux Etats-Unis, 6 jours; en France, 5 jours. Chez notre voisin, le Maroc, les entrepreneurs créent et commencent à exploiter leurs entreprises en 11 jours. Comment développer ainsi l’Algérie et croire aux promesses des pouvoirs publics alors que sur le terrain tout est fait pour ralentir la création des entreprises ?