Les divisions au sein de la mouvance islamiste algérienne sont susceptibles de faire une victime collatérale : la Coordination nationale pour les libertés et la transition démocratique (CNLTD). En fondant, samedi 1er août, un nouveau bloc islamiste, Abdellah Djaballah a peut-être perturbé l’équilibre du front d’opposition né de l’élection présidentielle 2014. Décryptage.

Depuis le scrutin présidentiel contesté de 2014, la scène politique algérienne se structure comme des poupées russes avec des alliances politiques qui s’imbriquent les unes à l’intérieur des autres. Jusqu’à ce que les ambitions et les antagonismes personnels ne resurgissent ?

Divisions internes

Depuis plusieurs semaines, la Coordination nationale pour les libertés et la transition démocratique (CNLTD), qui a réussi l’exploit inédit jusque-là de rassembler démocrates et islamistes, fait face à une querelle fraternelle entre partis islamistes, dont on ne connaît, pour l’heure, l’issue. L’étincelle ? La rencontre entre Abderrazak Makri, le président du Mouvement social pour la paix (MSP), également membre-fondateur de la Coordination, et le ministre d’Etat, directeur de cabinet de la présidence de la République, Ahmed Ouyahia, le 9 juillet dernier. Le mot d’ordre au sein de l’Instance de coordination et de suivi de l’opposition (Isco) était pourtant de refuser le dialogue avec un pouvoir illégitime à leurs yeux. L’entrevue a naturellement suscité un malaise au sein de la Coordination, avouent plusieurs membres.

Dans l’embarras, Abderrazak Makri a été sommé de s’expliquer. « Durant la réunion de la Coordination au siège du parti Jil Jadid, Makri s’est expliqué sur ses intentions et a défendu que son initiative entrait dans le cadre de la plateforme de Mazafran [ndlr la feuille de route de la CNLTD]. Nous n’avions pas à lui demander d’excuses, le MSP est toujours attaché au projet de la Coordination », commente Sofiane Sekhri, porte-parole de Jil Jadid, la jeune formation politique très active à l’Intérieur de Coordination, contacté ce dimanche.

Mais, au sein de la Coordination nationale, tout le monde n’est pas prêt à passer l’éponge. Remonté, Abdellah Djaballah, président du Front pour la justice et le développement (FJD / El-Adala), ne pardonne pas à son frère ennemi, mettant publiquement en doute la sincérité du MSP vis-à-vis de l’opposition. L’ex-fondateur d’Ennahda (Mouvement de la renaissance islamique) et de El Islah (Mouvement pour la réforme nationale) a même menacé de se retirer de la Coordination, si des sanctions ne sont pas prises contre le MSP.

Un nouveau pôle islamiste

Samedi 1er août, la guerre fraternelle a pris une autre ampleur. En gestation depuis plusieurs semaines, un nouveau pôle islamiste, initié par Djaballah, a vu le jour hier à Alger, à l’occasion d’une rencontre entre une centaine de sympathisants islamistes de tous horizons. Le regroupement ne se veut pas seulement de nature politique, le nouveau pôle restant ouvert aux personnalités et prédicateurs islamistes également. « Cette initiative émane d’individus et non pas d’organisations ou partis politiques », a défendu Abdallah Djaballah, lors de son allocution, devant d’anciens membres des partis El Islah, Enahda et du FIS dissous. Il a aussi appelé au « rejet de la discorde et à l’unité ». Un appel qui n’a pas été entendu par plusieurs partis politique de la même obédience. En effet, les leaders du MSP, en tête desquels Abderrazak Makri, ont boudé le rendez-vous. Contacté ce dimanche par la rédaction, le président du Mouvement social pour la paix n’a pas souhaité commenté son absence. Un silence qui en dit long sur la mésentente qui règne au sein de la mouvance islamiste en Algérie.

Que cherche Abdallah Djaballah ? Durant le lancement du nouveau pôle islamiste, l’homme a expressément refusé de se présenter comme le chef de cette force politique. Mais l’ex-candidat à l’élection présidentielle n’a pas renoncé, pour autant, à ses velléités de pouvoir et compte bien fédérer les six partis politiques et la dizaine d’organisations, bien implantées, qui composent la mouvance islamiste algérienne.

Or, à la Coordination nationale pour les libertés et la transition démocratique, les ambitions personnelles sont mal vues. Si les membres ne contestent par l’initiative de Djaballah, ils avertissent. « La Coordination n’est pas une union électorale ou partisante, chaque partenaire est donc libre de mener des initiatives tant qu’elles sont en accord avec la plateforme de Mazafran », conclut Sofiane Sekhri.