A Moretti, les 200 familles de la « ferme du martyr Ahmed Ben Saâd » vivent un véritable drame. Il y a de cela quelques semaines, ils ont reçu la visite des agents de la mairie de Staoueli et des responsables de la résidence d’Etat du Sahel pour les informer qu’ils seront prochainement délogés de leurs propriétés qu’ils occupent depuis… 1963.

Ces familles ont été instruits de quitter leur ferme où ils cultivent depuis l’indépendance des tomates, du poivron et d’autres légumes, pour la simple raison que la résidence d’Etat du Sahel doit agrandir son périmètre de sécurité dans les prochaines semaines. Et au nom de la sécurité des dirigeants hébergés dans  les villas du Club des Pins et de Moretti, ces familles seront forcées de quitter leurs maisons pour habiter ailleurs. « Nous sommes des moudjahidine et des fils de chahids. Nos parents ont sacrifié leur vie pour ce pays. En 1963, le ministère des Moudjahidine a concédé ces terrains à nos familles pour une durée de 93 ans. Nous cultivons nos terres et nous vivons sans gêner personne. Et voilà qu’ils veulent nous expulser ! », s’indigne Ramdane Benyacine, le porte-parole du collectif des familles de la ferme Ahmed Ben Saâd qui se sentent trahies, méprisées et humiliées.

« Où allons-nous partir ? Sommes-nous devenus une menace pour les dirigeants qui habitent Moretti et Club des Pins ? », s’interroge encore notre interlocuteur âgé de 62 ans et selon lequel, 10 moudjahidine très âgés habitent avec leurs familles cette ferme. « Ces personnes âgées ne pourront jamais vivre dans un bâtiment car elles ne pourront pas escalader les escaliers », confie encore Ramdane Benyacine sur un ton amer.

Accablé et abattu, le porte-parole des familles de la ferme Ahmed Bensaâd affirme qu’il a saisi tous les hauts responsables de l’Etat : le Premier ministre, le ministre de l’Agriculture et celui des Moudjahidine. « Nous n’avons reçu aucune réponse. Pis encore, à l’APC de Staoueli, le maire apeuré et craintif nous a fait savoir que notre délogement a été ordonné par Saïd Bouteflika et Hamid Melzi, le responsable de la résidence de Club des Pins », explique scandalisé Ramandane Benyacine.

Les 200 familles jugées encombrantes par les autorités du Club des Pins et de Moretti jurent qu’elles feront tout pour conserver leurs maisons et défendre leurs droits. « Mais qui sommes-nous pour défier les dirigeants les plus puissants du pays ? », se résigne enfin Ramdane Benyacine.