La ministre de l’Éducation nationale, Nouria Benghebrit, a affirmé ce dimanche, lors d’une conférence de presse en marge de la conférence régionale sur l’évaluation des résultats des examens dans les wilayas du Nord et des Hauts-Plateaux, que : «L’enseignement en langue arabe est incontestable. La Constitution et la loi d’orientation sont claires à ce sujet et donc il ne faut pas tromper la société» ! À se demander qui trompe véritablement la société madame la ministre ?

Les militants qui luttent pour restituer aux Algériens leur dignité, avec la volonté de leur réhabilitation dans leur personnalité culturelle, pour leur permettre de s’approprier leur monde avec leurs propres moyens intellectuels, dont le principal serait leur langue maternelle ! Cette langue par laquelle la société s’exprime, et par laquelle aussi bien l’enfant que l’adulte tisse naturellement son rapport à l’environnement sécularisé, au monde, au savoir, grâce au sensible et à l’imaginaire, pour accéder au sens. Au-delà de cette appropriation de la société de son univers culturel, par ses propres moyens intellectuels, c’est son autonomie par rapport à l’idéologie arabo-musulmane, que le pouvoir s’entête à lui imposer par la contrainte, qui se réalise. Ce qui est clairement en jeu ici : c’est toute la souveraineté du peuple, en tant que désir universel d’émancipation politique.

De leur côté, les groupes politico-religieux, islamistes et nationalo-conservateurs, promoteurs de l’idéologie du système de pouvoir, en tant que principales forces du reflux, n’en veulent pas de la revendication de l’apprentissage à l’école à l’aide des langues maternelles et l’investissement de l’État dans leur structuration et leur développement, leur préférant la langue arabe comme vecteur de leur aliénation. L’opportunisme du recours à cette langue se justifie par le fait qu’elle n’exerce aucune empathie avec la population, aussi bien enfantine qu’adulte, elle est au mieux un moyen d’accès au sacré en tant que langue du Coran. L’enjeu ici est explicite : c’est la volonté d’islamisation massive de la société. Leur objectif serait de neutraliser cette langue populaire ouverte sur le monde, et qui porte en elle les potentialités de la modernité entendue au sens large de modernisation perpétuelle. Cette volonté de vouloir réprimer la revendication de la langue maternelle des Algériens ressemble à s’y méprendre à l’interdiction du catalan par le franquisme !

Si la langue arabe est la langue du Coran et la derdja celle de la sécularisation, tous ces militants et ces militantes qui luttent pour que leur peuple puisse s’approprier sa personnalité culturelle et ses propres moyens intellectuels, ne revendiquent autrement que son accès aux valeurs universellement partagées : la sécularisation de la société, les rapports d’égalité entre homme et femme, la liberté de conscience, la laïcité, la démocratie, en un mot la liberté. Car c’est exactement de cela qu’il s’agit, madame la ministre !

Qui trompe la société en définitive ? Tous ces militants et ces militantes qui œuvrent bénévolement, au risque de leur quiétude et de celle de leurs familles et parfois de leur exclusion et de leur persécution, pour le salut de leur peuple et la prospérité de leur patrie ? Ou alors ce sont ces forces du reflux, ces bâtisseurs du statu quo et ces dictateurs cupides et corrompus, qui n’ont d’autre souci que pour leur enrichissement au détriment du développement de la société, encore moins pour l’édification d’un système éducatif capable de le hisser sur les cimes de la contemporanéité du monde !

Vouloir tromper la société est bien l’expression qui convient en effet à toutes ces forces du reflux, madame la ministre, à vouloir maintenir la société dans le substrat de la culture et l’identité arabo-islamique sur la base d’un grossier mensonge, contre son gré et au détriment de la véritable personnalité de ses membres, qui est la pire des tromperies qui puisse affecter un peuple. Dont l’objectif non avoué est son maintien dans une conscience pré politique pour rendre facile son avilissement et disposer à sa guise de ses richesses. C’est plus qu’une tromperie, il s’agit d’une violence symbolique et d’un mépris des plus sournois à l’adresse de l’intelligence du peuple Algérien. Aussi, l’argument qui consiste à se réfugier dans « les constantes nationales », énoncé dans votre déclaration, « la Constitution et la loi d’orientation sont claires à ce sujet », ne peut continuer à satisfaire les besoins politiques et culturels de la société, car issues d’une idéologie de combat dont les objectifs ont été atteints et les effets sont aujourd’hui dépassés par les nouvelles aspirations du peuples et son désir de s’arrimer à la contemporanéité du monde et à ses valeurs universellement partagées.

Benzatat Youcef