AISEC Benak organise en ce mois d’août la 6è édition de la « Summer Sunshine School », un programme d’échange linguistique. Les cours sont dispensés par des jeunes, venus principalement d’Europe, qui découvrent pour la première fois l’Algérie, un pays dont ils ignoraient quasiment tout.

« Wie geht’s dir ? ». Une jeune fille, cheveux blonds foncés détachés et chemisier printanier noué à la taille, gribouille sur le tableau ces quelques mots d’allemand. Puis les traduit : « It means : how are you doing? We’ll learn how to express our feelings » (« Ça signifie : comment vas-tu ? Nous allons apprendre à exprimer nos sentiments »). Appliqués, la dizaine d’élèves, assis dans une salle exiguë, répète la phrase à l’envi.

À l’étager supérieur, un jeune garçon, son style vintage soigné par de longs cheveux blonds, rasés sur les côtés et surmontés d’une casquette à l’envers, fait le pitre. Entre deux sourires, il décortique en anglais la phrase inscrite au tableau. « Sende söz lük var mi ? ». Autour de lui, les quatre apprentis, assis en cercle, comprennent que le professeur-farceur est en train de leur demander : « Est-ce que c’est ton dictionnaire ? ». Au même moment, « Hasta siempre », l’hymne à la gloire de Che Guevara, version Nathalie Cardone, résonne. Dans la pièce jouxtant la salle de turc, l’Espagne révise en chanson. Aussitôt, La Turquie répond par un groupe de rock féminin local. Et les accents s’entremêlent dans une jolie cacophonie.

Une école de langues en été

Durant l’été, l’Institut privé « Lingua », installé à Cheraga, prend des allures d’auberge espagnole. C’est dans ces locaux, sur les hauteurs d’Alger, que AISEC Benak, le comité local de Ben Aknoun de l’association estudiantine la plus importante au monde, prend ses quartiers. La « Summer Sunshine School », le projet phare de l’association, ouvre ses portes tout au long du mois d’août. À l’heure où la majorité des étudiants algériens ont rangé leurs cartables et cahiers, une poignée d’irréductibles amoureux des langues étrangères ne chôme pas. « Cette année c’est la 6è édition de la « Summer Sunshine School », le programme d’échange linguistique d’AISEC Benak. Les cours sont accessibles aux jeunes âgés entre 15 et 25 ans à un tarif symbolique de 1.500 DA le mois », explique Houda Noor, la jeune coordinatrice du projet. Pour s’inscrire, rien de plus simple : « Les inscriptions aux différentes activités proposées par AISEC Benak se font en ligne, sur notre site Internet« , précise la jeune femme, passionnée d’anglais. Le programme s’organise à raison de trois séances par semaine, d’une durée de 2H30 chacune. « Les séances du matin sont réservées aux débutants. Ils apprennent, entre autres, l’alphabet. Les séances de l’après-midi sont prévues pour les niveaux intermédiaire et avancé », indique encore Houda Noor.

Une expérience plus que linguistique

Ici, les élèves sortent des sentiers battus. Outre le classique cours d’anglais, les participants ont la possibilité d’entendre des langues moins connues, comme le turc, l’allemand et même le coréen ! « On avait prévu une classe de japonais, mais malheureusement les étudiants retenus n’ont pas obtenu leur visa », souffle Houda Noor. Car à la « Summer Sunshine School », les cours ne sont pas dispensés par des professionnels. L’AISEC Benak recrute via son site Web de jeunes étrangers, ouverts d’esprit et motivés pour enseigner leur langue maternelle. Cette année, l’équipe pédagogique se compose d’une Polonaise, qui enseigne l’anglais, d’un Autrichienne, pour l’allemand, d’un Espagnol, d’un Turc et d’une Sud-Coréenne.

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« Summer Sunshine School », une expérience pas seulement linguistique. En photo, leur sortie à Cherchell.

Leur expérience n’est pas seulement linguistique, le programme d’échange ne s’arrêtant pas aux portes de l’Institut Lingua. Les jeunes recrues sont logées chez des familles d’accueil, qui ne tardent pas à les adopter. « J’ai beaucoup de chances, ma famille d’accueil prend plus soin de moi que je ne le fais. Je souffre d’une intolérance au gluten et elle est fait très attention à la préparation de mes plats. J’appelle la mère de la famille « Mama » », rougit Martha, une Polonaise de 21 ans, débarquée à Alger il y a deux semaines.

L’Algérie, une terre étrangement familière

Depuis leur arrivée, les cinq apprentis professeurs mènent quasiment la vie de jeunes algériens, l’ennui en moins. Leur temps libre se partage entre les activités familiales et les sorties en groupe organisées par AISEC Benak. Et ils ont déjà vu du pays, assez pour les émerveiller. « On rentre d’un week-end à Cherchell, cette semaine on va à aller à Béjaia. On doit aussi visiter la Casbah », liste Mujahed, un Stambouliote de 23 ans. Deux semaines à peine après leur arrivée, il ne leur a pas échappé que l’agenda des jeunes algériens est beaucoup moins chargé que le leur. « C’est dingue le nombre de jeunes qui passent leur temps sur le trottoir ! Il n’y a pas assez d’endroits pour les jeunes« , s’étonne le jeune Turc.

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Les participants à « Summer Sunshine School » ont entre 15 et 25 ans.

La plupart ne s’en cache pas, ils ignoraient tout du pays. «  »L’Algérie était un trou dans la carte pour moi. J’avais quelques vagues connaissances sur la Tunisie et le Maroc, mais rien sur l’Algérie », reconnaît Martha, à la sortie de sa classe d’anglais. « J’ai passé un semestre à l’ambassade d’Autriche à Alger. J’ai tellement aimé que j’ai voulu revenir tout de suite », s’enthousiasme Victoria, 24 ans, la professeure d’Allemand originaire de Vienne.

Il leur a fallu, toutefois, se préparer. Comprendre, renoncer à certaines de leurs habitudes. « Houda nous a prévenus du mode de vie avant notre arrivée : éviter les vêtements trop courts ou d’aller boire un verre seule dans une terrasse de café », souligne Martha. Mais cette accro au sport n’a pas renoncé à son footing matinal. « Ici, les gens courent en forêt mais c’est trop loin pour moi, personne pour m’y emmener. Alors je me réveille à 6h du matin pour faire mon footing tranquillement dans mon quartier et personne ne vient m’embêter », dit-elle.

Seulement une quinzaine de jours après leur installation, d’autres participants ont, au contraire, le sentiment de mettre les pieds sur une terre qui leur est étrangement familière. « Certes, je ne parle pas arabe, mais je ne me sens pas étranger ici. Je prends conscience en étant ici à quel point nos cultures sont proches : la nourriture, la mentalité, la façon de parler, les gestes », réalise Mujahed, subjugué par le brassage culturel de l’Algérie. Son camarade espagnol retrouve également ses repères. « Il y a des similitudes héritées des différentes invasions », conclut Alfonso, un Barcelonais de 19 ans, qui ne parle pas un mort d’arabe et de français.