Les mesures prévues par l’avant-projet de loi de finances 2016 sont des mesures d’urgence qui manquent cruellement d’ingéniosité et ne correspondent guère aux besoins du pays. Les augmentations massives des prix de la 3G, de l’électricité, du gasoil, de la vignette automobile ou les taxes imposées à divers produits importés comme les bananes, les ananas ou les voitures de luxe, ne suffiront pas pour surmonter la situation tendue à laquelle sera confrontée l’Algérie prochainement, assure l’expert et consultant indépendant en finances Mohamed Kessal. 

Les propositions du ministère des Finances ont fait sortir cet expert de ses gonds. « Augmenter les prix des produits importés va engendrer certainement une grande inflation et réduira le pouvoir d’achat des Algériens. Les citoyens lambda vont beaucoup souffrir. C’est, peut-être, inévitable, mais ce n’est pas du tout la bonne solution », s’écrie Mohamed Kessal. D’après notre interlocuteur, le gouvernement algérien se trompe tout simplement de stratégie. « Il faut arrêter de se leurrer avec cette histoire de réduire les importations et de consommer algérien. Certes, cela va créer quelques emplois et participer très modestement à la croissance, mais cela demeure très insuffisant si le taux d’intégration des produits fabriqués en Algérie ne dépasse pas les 10 % ! Au contraire, nous allons encore dépendre davantage de l’importation, si on suit ce schéma », analyse notre expert qui appelle le gouvernement à œuvrer pour changer le modèle économique du pays et non à instaurer des mesurettes d’urgence court-termistes. « Il faut arrêter de penser qu’il faut lutter contre les importations. C’est un faux raisonnement. Il faut adopter un raisonnement qui agit sur la balance des paiements. Si notre pays arrive à exporter, ce n’est pas grave d’importer. L’Algérie doit trouver de nouvelles stratégies de captage des devises alternatives à celles que lui rapportent ses hydrocarbures pour éviter l’hémorragie à ces réserves. La voila, la véritable priorité », explique ce consultant indépendant établi à l’étranger.

En clair, l’Algérie a besoin de gagner des devises pour ne pas consommer uniquement ses réserves de change qui s’amenuisent. « Il y a plusieurs créneaux qui peuvent ramener des devises à l’Algérie pour équilibrer sa balance des paiements. Nous avons le tourisme, l’argent de la diaspora algérienne à l’étranger, l’exportation de produits montés ou fabriqués en Algérie », détaille notre expert qui lance un appel urgent au gouvernement : « il faut déterminer identifier rapidement les domaines et secteurs où l’Algérie peut développer une industrie et exporter vers l’étranger afin d’engranger des devises », explique encore Mohamed Kessal qui insiste sur la nécessité de développer un taux d’intégration national appréciable pour améliorer notre balance des paiements. L’industrie du montage mécanique, le recyclage industriel, l’agriculture, l’industrie pharmaceutique et autres figurent parmi les créneaux que l’Algérie doit explorer en urgence pour relever le défi de sa modernisation économique. Et dans ce contexte, toucher au pouvoir d’achat des Algériens est une très mauvaise chose. « Il faut cesser de voir les 40 millions d’Algériens comme des bouches à nourrir. Il faut les appréhender  et les valoriser comme un marché important où le capital humain peut créer et apporter des richesses », assure Mohamed Kessal.

Notre expert critique sévèrement une autre disposition de cet avant-projet de loi de finances 2016, à savoir le recourt aux financements extérieurs. « Il faut l’encadrer en urgence car si on autorise un opérateur économique algérien à s’endetter à l’extérieur pour importer des voitures ou des bonbons, c’est tout simplement un suicide. Il faut mettre le financement extérieur uniquement au service des investisseurs qui développent des projets productifs utiles à l’économie nationale », avertit-il. D’après le même expert, la Banque d’Algérie doit protéger les investisseurs algériens contre tous les risques de changes pouvant résulter de cet endettement extérieur notamment dans ce contexte de dévaluation progressive du DZD et éviter les erreurs de 1992. Mohamed Kessal appelle également la Banque d’Algérie à élaborer en urgence des textes d’application du changes à terme pour accompagner d’une part l’endettement extérieur à venir mais aussi l’export. Il interpelle, par la même occasion, les mêmes responsables de la banque centrale pour les inciter à faire preuve de réactivité. « 4 ans pour pondre un seul texte d’application pour créer le marché interbancaires des changes, c’est beaucoup… », déplore notre interlocuteur qui appelle enfin la Banque d’Algérie à élaborer des textes et à organiser le change à terme au profit des investisseurs algériens. Il est donc possible d’imaginer plusieurs mesures beaucoup plus efficaces pour affronter la crise et développer l’économie. Il suffit juste d’avoir une vision avant-gardiste et une feuille de route cohérente. Faire souffrir les citoyens en augmentant à tout va les prix n’est guère une solution.

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