La polémique enfle entre Abdessalem Bouchouareb, ministre de l’Industrie et des Mines, et Issad Rebrab, PDG du groupe Cevital. Les deux protagonistes s’écharpent par médias interposés. Dans un duel verbal acerbe, ils multiplient les accusations l’un à l’encontre de l’autre, et la tension monte crescendo.

Il y quelque jours, le richissime homme d’affaires s’en était pris encore une fois au gouvernement, et plus particulièrement à M. Bouchouareb, qu’il ne cesse d’accuser ces dernières années, de lui mettre des bâtons dans les roues. « Je suis écœuré et en colère devant l’inertie et les blocages du ministre de l’Industrie qui bloque le secteur industriel et le Premier ministre qui ne fait rien pour débloquer la situation. Ils (décideurs) vont mener le pays à la catastrophe. Ils sont incapables de convaincre le Président de libérer les initiatives, libérer l’entreprise pour la création de richesse et d’emplois », s’était indigné M. Rebrab, le 23 du mois courant, dans un entretien accordé à un site d’information.

La réponse du ministre de l’Industrie et par-delà, celle du gouvernement, ne s’est pas fait attendre. « M. Rebrab a un seul problème avec moi et ce n’est pas un problème avec le ministère de l’Industrie. M. Rebrab, lors de l’acquisition de l’usine Brandt en France, les conditions qui étaient posées par le partenaire français étaient de renouveler les équipements. Il a procédé au renouvellement en prenant de vieux équipements et a voulu les introduire dans mon pays contre une valeur de 5,7 millions d’euros, alors qu’il en est le propriétaire », a répliqué M. Bouchouareb, à l’occasion d’une conférence conjointe avec son homologue tunisien, animée hier lundi à Djenan El Mitak, à Alger. Le ministre a ainsi accusé publiquement le patron du premier groupe industriel privé algérien de fausses déclarations et surfacturation dans le but de transférer frauduleusement des devises, des griefs gravissimes émanant d’un haut responsable de l’Etat qui affirme détenir « un dossier » prouvant ses accusations.

Ces accusations ne semble pas ébranler le magnat de l’industrie nationale. Le patron de Cevital revient, en effet, à la charge et mieux, il va plus loin. Tout en réfutant formellement ces assertions, Rebrab défie le ministre. « Je le (M. Bouchouareb, NDLR) défie de venir à un face-à-face télévisé devant les Algériens », lance Rebrab, cité par le quotidien Liberté dans son édition de ce mardi. Et de démonter les accusations du ministre: « Quand on a l’intention de frauder, on n’a surtout pas à l’écrire ! ». Or, affirme-t-il à Liberté, deux demandes d' »autorisation de dédouanement de chaîne de production rénovée » ont été adressées au ministère de l’Industrie. Le premier courrier date du 2 décembre 2014 avec accusé de réception datant du 21 décembre 2014, tandis que le second, à titre de rappel, date du 17 février dernier.

Le premier créateur de richesses privé en Algérie va encore plus loin. Il semble souhaiter que ce duel épistolaire ne soit pas confiné dans les médias, mais qu’il atteignent les tribunaux. « Si c’était le cas (si ces accusations étaient fondées, NDLR), pourquoi le ministre n’a-t-il pas engagé une procédure devant les tribunaux ? », s’interroge-t-il. Une manière habile de battre en brèche les allégations du ministre et, fort probablement, de le réduire en silence.

Reste maintenant à savoir si la machine judiciaire sera mise en branle contre le patron de Cevital. L’avenir nous le dira.