En dépit de l’introduction de la mesure du paiement par chèque, le coût de l’immobilier à Alger demeure étonnement élevé par rapport à d’autres secteurs.  La sortie du sol de nombreux logements dans le cadre de l’AADL devrait modifier quelque peu la donne. Néanmoins, dans les rues de la ville, de nombreux algériens restent sceptiques, et les frustrations des plus jeunes et célibataires alimentent les silences audibles du pessimisme ambiant. Jugées à risque par les propriétaires, moins armées pour acheter, les jeunes seules peinent souvent à trouver un toit.

 

Les prix gonflés d’Alger

Le coût du logement à Alger, extravagant par rapport à d’autres secteurs, surprend et interroge. Les familles se regroupent, se protègent, et peu de couples ont les moyens financiers de s’émanciper du foyer familial. Aicha, qui travaille dans le magasin de jouets familial à Alger-centre, nous explique que « bien souvent, louer un petit studio reviendrait à dépenser un salaire mensuel ».

Pourtant, si la population interrogée ressent une hausse des prix évident au sein de la capitale, les experts ne voient pas nécessairement une hausse sensible des prix à l’avenir. Ils livrent, cependant, des versions différentes : « les prix de l’achat stagnent car les conditions d’achat sont difficiles, et les familles ne jouent pas forcément le jeu », nous explique Abdel, dans une agence de la rue Lahcene Mimouni. Pour Mustapha, agent immobilier dans une autre rue adjacente à la place du 1er mai, « les prix ont augmenté depuis quelques années, notamment à cause des nombreux frais qui gravitent autour du prix d’un appartement : avocats, notaires etc. ».

Si les étudiants sont toujours à la recherche d’un logement stable dans la capitale, la demande globale devrait significativement baisser avec la sortie du sol de 80.000 logements dans le cadre des AADL et cela devrait avoir un impact positif sur les prix. Toutefois, le climat actuel reste instable et hésitant : « les gens hésitent beaucoup, notamment en raison de ces futurs logements AADL», continue Mustapha.

Les jeunes et les célibataires en difficulté

Dans la rue, la baisse probable de certains prix n’empêche pas la population de se sentir lésée par l’état actuel de l’immobilier dans la région. Les jeunes célibataires semblent être les plus accablés par cet environnement précaire. Hamza évoque sa situation personnelle : « Je vais partir d’ici. J’ai 28 ans, je vis chez mes parents, et avec ce que je gagne je vais devoir attendre ma mort avant de pouvoir être autonome ou avoir la possibilité de me marier ».

Un peu plus loin, Fatima, qui vient de terminer ses études, se plaint du coût des loyers dans le centre d’Alger : « on trouve facilement des studios à louer, mais les prix sont trop élevés ».

Dans la petite agence de Mustapha, les demandes d’étudiants sont nombreuses : « j’ai des demandes 2 à 3 fois par jour, beaucoup d’étudiants en médecine qui cherchent un logement proche de l’hôpital ». La situation est d’autant plus compliquée pour les jeunes femmes, relève-t-il, que les propriétaires cherchent souvent à éviter : « ils ne veulent pas prendre de risques, ils préféreront toujours un couple marié, car une fille ou un garçon seul c’est souvent des problèmes».

Les propos de Aicha vont dans le même sens : « les étudiantes ne trouvent pas car les gens ne veulent pas de problèmes, et dans avec le climat actuel il y a souvent des histoires ».

Une société en mutation ?

En discutant avec les étudiants, les jeunes, les moins jeunes, les familles, on réalise rapidement que la situation du logement à Alger est le symbole d’une crise sociale plus profonde, résultant notamment d’une transition démographique et de l’évolution des dynamiques familiales.

L’analyse d’Aicha est, à ce titre, représentative de cette transition : « Les jeunes n’ont pas les moyens de louer ou d’acheter un appartement. Les mariages sont retardés car de plus en plus de couples ont, néanmoins, un désir accru d’autonomie, et souhaitent investir seuls dans un appartement ».

Les problèmes liés à cette transition se situent dans le décalage entre ces aspirations populaires, et celles des plus jeunes en particulier, et les moyens matériels qui sont actuellement offerts pour les satisfaire. Ce décalage génère des frustrations.

Logements vides et spéculation

Les rumeurs sont légion dans la ville ;  à Alger, plus de 500.000 logements seraient vides : « ce sont des propriétaires fantômes » me dit Mehdi, « de nouveaux riches qui n’ont pas nécessairement besoin de les habiter ». Qui sont-ils ? Immigrés, haut fonctionnaires, expatriés, héritiers ? Le manque de transparence alimente tous les fantasmes, et bien souvent l’Etat est tenu pour responsable de la mauvaise gestion des logements urbains. Hamza, jeune employé dans une petite presse  nous parle de « corruption » et des « privilèges » accordés à certains algérois.

Dans la rue, l’expression populaire offre les relents d’une fracture sociale qui se fait de plus en plus forte. On peut croiser ces jeunes, parfois la trentaine, qui habitent chez leurs parents, et n’ont pas les moyens de s’offrir un mariage, encore moins un appartement ! On trouve ces familles nombreuses, qui souffrent en silence, elles travaillent, survivent, engouffrées à 5 ou 6 dans un F2 à l’écart. De l’autre côté, on entend parler de tous ces logements fermés, inhabités, presque invisibles, et on pense à leurs bien chanceux propriétaires.

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