Dix ans après son adoption par référendum le 29 septembre 2005, la Charte pour la paix et la réconciliation nationale continue de susciter la polémique et à être décriée par de larges pans de la société, notamment chez les familles et proches des victimes du terrorisme islamiste. A chaque anniversaire de son adoption ou de sa mise en oeuvre (27 février 2006), ces derniers ainsi que les citoyens algériens épris de justice ressentent l’atroce douleur du couteau remué dans leurs plaies encore béantes, séquelles indélébiles d’une sauvagerie islamiste ayant mis le pays à feu et à sang pendant plus d’une décennie.

Cette année, la douleur est plus pénible que durant les précédentes en raison du retour au devant de la scène, parfois dans la peau de « personnalités nationales », des premiers responsables de la violence meurtrière, faisant fi des dispositions de la loi les ayant amnistiés et qui leur interdit l’exercice de toute activité politique. C’est dans ce contexte que des voix du camps opposés à l’obscurantisme s’élèvent pour crier à la trahison et dénoncer un second assassinat des valeureux patriotes ayant tenu tête aux terroristes armés au prix de leur vie.

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En cette veille de célébration, pour certains, et de commémoration, pour d’autres, du 10e anniversaire de l’adoption de la Charte, Anissa Zouani Zenoune, une jeune femme de 37 ans, dont la sœur Amel a été tuée le 26 janvier 1997, réitère a sa manière ce constat déplorable dressé depuis au moins 2005, par des patriotes, gardes communaux, familles de disparus et nombre d’observateurs, et qui ne cesse de se confirmer au fil des années. « S’il est vrai que les islamistes n’ont pas gagné militairement, ils l’ont emporté idéologiquement », s’indigne-t-elle dans un entretien paru sur le site Internet du quotidien français Le Monde. « (…) Nous avons continué à affronter le terrorisme et j’avais un espoir énorme. Je pensais qu’après le sacrifice de ma sœur et de milliers d’autres Algériens, l’avenir nous appartiendrait. Ça n’a pas été le cas. L’avenir appartient aux islamistes et à la mafia qui les légitime. Maintenant ? Je ne rêve plus de rien, je suis psychologiquement épuisée », se lamente la jeune femme.

Les espoirs d’Anissa se sont justement effondrés le 29 septembre 2005. « Le jour où la loi a été votée, c’était fini. Je savais que les islamistes reviendraient, plus durs encore. Dans les années 1990, se remémore-t-elle, le peuple n’était pas avec eux, il était immunisé, mais ensuite… »

Se battant contre l’oubli, la jeune femme rappelle: « Pourtant, ces hommes ont assassiné, ils ont égorgé hommes, femmes, enfants, ils ont violé, éventré, détruit l’Algérie. Et ces tueurs se sont enrichis par le sang des innocents : ils ont construit des villas, font du commerce en toute impunité. »

Le pire pour elle est toutefois « la manière dont la société justifie les assassinats de nos proches ». D’après elle, beaucoup de gens essaient « de trouver une raison objective » aux crimes abjectes commis par les hordes barbares. Chagrinée, Anissa dit en vouloir « à toute cette société sans réaction ».

Dix ans après l’adoption de « la loi de la honte », comme l’appelait la défunte mère de Anissa, le constat de celle-ci est sans appel: « Après tant de victimes de l’obscurantisme, nous sommes arrivés, en 2015, à menacer les femmes qui sortent pendant le ramadan sans hijab… Des imams radicaux se livrent à des prêches rétrogrades à la télévision. » Pire, se révolte-t-elle, l’ex -chef de l’Armée islamique du salut (AIS), Madani Mezrag, « a avoué dans les médias avoir tué un militaire. Elles sont tachées de quoi, ses mains ? Et pourtant, s’indigne Aniisa, il a été reçu comme un prince à la présidence de la République. »