Économiste, chercheur et PDG de l’INSIM, Abdelhak Lamiri, livre, sans alarmisme et sans langue de bois, sa vision du contexte économique traversé par notre pays. Il fait un constat sans concession de l’état de notre économie et n’hésite pas à le qualifier de dangereux. Il analyse les mesures du gouvernement afin d’y faire face et formule quelques propositions. Entretien.

 
Algérie Focus: Comment appréciez-vous l’actuelle situation économique du pays dans un contexte marqué par la chute des prix du pétrole?
 
 Abdelhak Lamiri: La situation économique est difficile et très dangereuse, si on ne prend pas des décisions radicales pour sortir de ce marasme. Certes, on peut fonctionner « normalement » encore à peu près trois ans, mais c’est court dans la vie d’un pays. 
 
Le gouvernement s’est fixé l’objectif d’atteindre une croissance de 4,6% en 2016. Est-ce  un objectif réalisable ?
4,6% ne sera possible que si on continue à injecter massivement des ressources, alors que ces dernières se font de plus en plus rares. Les économistes, qui ont fait des recherches sur l’économie algérienne, arrivent à la conclusion vérifiée statistiquement que le problème essentiel réside dans le fait que la productivité globale des facteurs est faible et déclinante. Ce qui veut dire que les institutions productives et administratives sont si mal gérées qu’elles ne savent pas créer de la richesse avec peu de ressources. Il faut inverser le processus par des mesures phares : développement humain, modernisation managériale au sein des entreprises et des administrations, libération des initiatives, décentralisation, financement de l’économie productive diversifiée, stratégie et vision sont un échantillon très important de choses qui nous manquent. Il faut aussi moderniser le système d’information pour économiser au moins 70% des subventions inutiles et laisser le dinar glisser vers sa véritable valeur en prenant en charge ses conséquences néfastes sur les citoyens défavorisés. 
 
 Que pensez-vous de l’amnistie fiscale décidée récemment par l’exécutif ?
L’amnistie fiscale est globalement une bonne chose, mais cela va s’avérer nettement insuffisant pour redresser la situation. Il ne faut pas trop y compter la dessus.
 
Quelle lecture faites-vous de la LFC2015 et institue-t-elle l’austérité comme le disent plusieurs partis politiques ?
 
Le gouvernement est obligé de faire un minimum d’austérité. Mais baisser les dépenses de 9% alors que les recettes chutent de plus de 30% ce n’est pas une dose d’austérité importante. Le gouvernement essaye autant que possible d’éviter l’austérité.
 
Le ministre de l’industrie a considéré que l’Algérie peut fonctionner avec un baril à 10 dollars pour peu que la gestion des projets soit bien conduite.  Qu’en pensez-vous ?
Cette assertion appelle deux réflexions. Ce n’est pas uniquement la gestion des projets qu’il faut améliorer bien que cette dernière soit d’une importance capitale. Il y a aussi la gestion des opérations une fois que les projets sont réalisés. Le projet peut durer deux ans mais la production trente ans: il faut rationaliser les deux. Deuxièmement, pour régler le problème de la rigueur, donc de l’efficacité managériale, il faut révolutionner la formation et les pratiques des entreprises et des administrations : plans stratégiques, organisation, gestion de l’information, leadership, développement humain, processus de contrôle et le reste. Ce n’est pas facile. Tout ceci doit se faire aussi bien dans les entreprises que dans les hautes institutions de l’Etat. C’est une révolution qu’aucun gouvernement n’a su faire depuis 1962. Oui, si on améliore le management on s’en sortira. Mais c’est extrêmement complexe et peu de pays ont réussi à la faire.
Entretien réalisé par Omar Soltani 
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