Deux évènements attirent l’attention de la presse écrite anglo-saxonne en ce mois de Septembre : la baisse des prix des hydrocarbures et la mise en retraite précipitée du directeur de la DRS Mohamed Mediene, dit Toufik.

Dans « The Economist », l’hebdomadaire libéral, on s’inquiète de la situation économique du pays. Avec la baisse du prix des hydrocarbures, le journal américain relève l’impact négatif de cet évènement sur le déficit commercial et sur la valeur du dinar algérien. Malgré le faible niveau de dettes et les larges réserves de l’Etat, la chute des prix de l’année dernière a provoqué un déficit de 6.8% du PIB, alors que les revenus de cette année devraient baisser de moitié.

Selon l’hebdomadaire, l’Etat algérien cherche actuellement une issue du côté de l’OPEC, mais les principaux producteurs du Golfe Persique, qui semblent poursuivre une stratégie à long terme, font la sourde oreille. Jusqu’à quand ?

« Forbes », quand à lui, évoque le même sujet, mais de l’autre côté de la barrière : comment trouver d’autres sources de financement pour pallier à l’augmentation du déficit public ? La solution est toute trouvée. Un article sur le site en ligne évoque les nouvelles coupes budgétaires avec le vocabulaire de la doxa économique habituelle: des décisions « courageuses » ont du être prises, et les dépenses publiques sont réduites d’environ 10% en raison des pertes des provenus venant du pétrole.

Le point intéressant soulevé par Forbes concerne les conséquences politiques et sociales de cette situation économique. La rente de l’Etat n’a pas seulement permis une source constante de revenus, elle a aussi joué un rôle sécuritaire, en garantissant un système social stable et en décourageant toute ambition de soulèvement populaire. Mais l’élite politique algérienne n’a pas la mémoire courte, et le gouvernement s’est assuré de ne pas toucher, lors des coupes budgétaires, aux secteurs clés du système social, que ce soit ceux du logement, de l’éducation ou de la santé.

Au-delà de la crise du pétrole, c’est la récente mise en retraite du général « Toufik » qui a interpellé la presse anglo-saxonne.

« US News », en faisant le portrait du général Mediene, le compare dés les premières lignes à la figure de J. Edgar Hoover, le premier directeur du FBI, resté à ce poste pendant 48 ans. Le président algérien, quand à lui, malgré ses problèmes de santé, apparait sous les traits d’un ogre politique, qui restructure progressivement depuis deux ans les services de l’intelligence du pays afin, lorsque le temps viendra, de léguer le pouvoir à la personne de son choix.

Dans le « New-York Times », le général « Toufik » est en effet présenté comme l’un des adversaires directs de Bouteflika, notamment en raison des divisions qui auraient éclaté entre les deux hommes lors de la décision de l’actuel président de se représenter pour un 4ème mandat, l’année dernière, auquel Mohamed Mediene se serait opposé.

Pour une partie de la presse américaine, plutôt optimiste, ce départ annonce à long-terme l’ascension d’une nouvelle élite algérienne, qui ne sera plus dominée par les apparatchiks de la guerre d’indépendance. La presse britannique, notamment le « Middle East Eye », y voit simplement une manœuvre personnelle de la part du président, censée protéger ses proches alors que la fin de son pouvoir n’est pas loin.

Doutes et hésitations

La presse anglo-saxonne semble en réalité suivre les doutes et hésitations de la presse algérienne, entre début d’un nouveau temps politique et simple stratégie clanique au sein de la « famille » Bouteflika. On s’interroge notamment sur le rôle de Saïd, le frère du président, que certains voient comme l’ombre planant derrière les décisions présidentielles, alors que d’autres doutent de sa véritable influence. Mais toute cette presse s’accorde sur un point: Bouteflika est loin d’être sénile. S’il écoute tous les conseils qu’on lui offre, c’est bien lui, en dernière instance, qui prend les décisions importantes.

Mais c’est du côté de « Brookings », un institut de recherche américain, qu’on trouve une opinion à rebours de celles véhiculées par la presse anglo-saxonne traditionnelle.

En effet, pour Bruce Riedel, ancien expert auprès de la CIA, la mise au pas du général ne témoigne en rien du début d’une nouvelle ère, source d’espoir et d’optimisme, mais, bien au contraire, révèle au grand jour une structure étatique en pleine décomposition. Mohamed Mediene, ancien du KGB formé en URSS, est présenté comme le « seigneur de l’Algérie », l’homme aux commandes, caché dans l’ombre d’un pouvoir dont il connaissait tous les rouages.

Riedel décrit son éviction comme le symbole des problèmes politiques et sociaux que l’Etat risque d’affronter dans un avenir proche. Le taux de chômage des plus jeunes et la chute des prix du pétrole sont des oiseaux de mauvais augure, et cet évènement politique ne serait que le symptôme d’une situation échappant au pouvoir actuel.

Son analyse, mise en perspective avec les récentes déclarations de Madani Mezrag, pose en effet certaines questions sur le contexte social au sein duquel ces évènements économiques (chute des prix du pétrole) et politiques (éviction du général « Toufikr) prennent place.

Enfin, « Voice of America », dans un article qui fait le portrait de Mezrag, n’hésite pas à décrire le possible retour d’un islam politique en Algérie comme la conséquence directe de la situation économique et sociale. Le service de diffusion internationale du gouvernement américain souligne aussi le contexte géopolitique, avec les tensions sécuritaires et la situation politique des pays environnants, qui offrent aux militants Islamistes de nouvelles raisons de se battre pour obtenir une nouvelle voix au sein de l’espace public.

Les trois sujets qui ont retiré l’attention du monde anglo-saxon en septembre ne peuvent donc pas être analysés de manière indépendante. La crise des prix des hydrocarbures inquiète la presse économique. Les journalistes politiques commentent une restructuration d’un Etat fortement affecté par la baisse des revenus, majoritairement issus de la rente pétrolière. La conjonction de ces situations laisse présager une dégradation de la conjoncture sociale, et beaucoup prévoient le retour de l’islam politique en Algérie, malgré une mémoire collective encore affectée par la décennie noire.

Tahar S.