Chute des prix du pétrole, baisse drastique des recettes des exportations des hydrocarbures, inflation galopante et cherté de la vie, une crise économique rude pointe son nez et un environnement géopolitique régional de  plus en plus inquiétant. C’est dans ce contexte politico-économique délicat, qui de surcroît risque d’avoir des impacts dangereux sur la rentrée sociale en Algérie, qu’une réunion secrète et stratégique s’est tenue dans la nuit du 24 au 25 août dernier à la Résidence d’Etat de Zéralda, où séjourne régulièrement Abdelaziz Bouteflika.

Le président de la République a réuni tous les hauts cadres de l’Etat dans sa résidence pour passer en revue les dangers de l’heure. L’ordre du jour tournait notamment autour de la révision constitutionnelle. « Faut-il (re)mettre au goût du jour le dossier de la révision constitutionnelle dès la rentrée sociale ? », est la problématique phare soulevée cette nuit-là, a-t-on appris de plusieurs sources proches de la Présidence de la République. Le général Toufik, patron du DRS, Ahmed Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense et chef d’Etat-Major de l’ANP, le général Ahmed Tartag, ancien chef du contre-espionnage et actuellement conseiller à la Présidence, Ahmed Ouyahia, chef de cabinet de la Présidence, Abdelmalek Sellal, Premier ministre, Mohamed Larbi Ould Khlifa, président de l’Assemblée populaire nationale, Abdelkader Bensalah, président du Sénat, ainsi que d’autres conseillers du Président Bouteflika ont assisté à cette réunion secrète.

La nouvelle constitution et les impacts de l’actuelle crise économique ont monopolisé les discussions. Faut-il officialiser le Tamazight ? Comment déterminer les futures prérogatives des parlementaires ? Comment formaliser l’interdiction de l’instrumentalisation de la religion par les partis politiques ? Ces questions et plusieurs autres encore ont suscité des analyses et lectures très divergentes parmi les participants à cette réunion. Quant à la crise économique, un consensus s’est dégagé en faveur du renforcement de l’amnistie fiscale et du contrôle strict des importations. C’est au cours de cette réunion qu’Abdelaziz Bouteflika a instruit Sellal de réunir les experts économiques les plus influents du pays. C’est donc en exécution de l’instruction présidentielle que le Premier ministre a lancé récemment un appel aux économistes en les conviant à une réunion pour le 15 septembre prochain. Établir une feuille de route pour développer une économie productive et améliorer l’attractivité de l’Algérie au niveau international pour attirer des investisseurs internationaux, voila ce qu’attend Bouteflika de son gouvernement et ses conseillers.

L’autre point soulevé au cours de cette réunion a trait à un éventuel remaniement ministériel. Bouteflika et plusieurs autres décideurs semblent vouloir écarter les derniers politiques du gouvernement pour les remplacer par des cadres technocrates capables de mener les ajustements techniques dont l’Algérie a besoin. Mais, à ce propos, Sellal ne n’a pas exprimé une position claire et précise, ajoutent nos sources.

Conscients de la difficulté de la situation, Abdelaziz Bouteflika n’a pas tranché dans cette réunion au sujet du lancement officielle de la révision constitutionnelle. Il semble opter pour le report en attendant de voir plus clair face à cette tempête économique. Mais, il n’a adopté aucune position définitive dans cette réunion. Indécision et panique, mais aussi détermination et mobilisation pour emprunter toutes les pistes nécessaires afin de sortir de la crise actuelle avec les moindres dégâts possibles.  C’est la conclusion générale qui semble avoir été tirée de cette réunion secrète, toujours d’après les même sources.