Exigeons une deuxième République par Abdou Semmar

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Ma photo week-end

“Le changement de chef fait la joie des sots”, dit un proverbe roumain. Difficile de trouver une expression aussi éloquente pour illustrer la situation politique actuelle de l’Algérie. Un général, un puissant général, a été mis à la retraite après 25 ans de pouvoir. Faut-il applaudir ? Se réjouir ? Espérer ou se montrer enthousiaste ? 

En réalité, tous ces sentiments sont aujourd’hui un luxe que nous ne pouvons nous permettre pour la simple raison que notre pays a besoin de beaucoup plus que l’éviction d’un simple général, fut-il le patron des services, pour aller vers le meilleur. Non, mettre à la retraite des généraux même âgés de plus de 70 ans n’est pas une solution…suffisante. Changer les chefs pour les remplacer par d’autres chefs est de la poudre aux yeux car un pays, un vrai, ne se développe pas, ne prospère pas à travers ses chefs, mais par la grâce de ses institutions. Un pays est, d’abord, un Etat. Un Etat est, ensuite, une élite, une architecture institutionnelle conforme aux exigences de la modernité et en phase avec le progrès.

Tous les indicateurs le démontrent : l’Algérie a besoin de refonder son Etat. Une nouvelle République. Une Deuxième République avec des institutions modernes, des appareils administratifs efficaces, une justice réformée, une école progressiste, des services de sécurité concentrés sur leurs tâches et une économie productive. C’est cette deuxième République qui doit nous faire rêver. C’est pour cette deuxième République que nous devons retrousser nos manches. Ni le sort du général Toufik, ni celui de son successeur Taratg, ni les manigances de Gaïd Salah ou les mésaventures du général Hassan ne détermineront notre avenir. Elles ne nous permettrons en aucun cas de surmonter les crises qui s’annoncent pour cause des faiblesses structurelles de notre pays. Ces Chefs partiront un jour ou l’autre. Ils disparaîtrons un jour ou l’autre. Quant à nous, que voulons-nous faire de ce pays qui leur survivra ? Abdelaziz Bouteflika, ce président contesté finira lui-aussi par partir. Mais que ferons-nous pour plus aucun autre dirigeant ne monopolise aussi longtemps le pouvoir ?

Travailler durement pour bâtir une deuxième République. C’est le seul changement qui nous réconciliera avec l’espoir. Un autre Etat avec un autre fonctionnement, des juges indépendants pouvant demander des comptes à de hauts responsables, une opposition consciente des enjeux vitaux de la Nation, autant de thèmes sur lesquels nous devons travailler pour transformer notre pays. Polémiquer sur des guerres de clans, rester suspendus aux feuilletons politiques, débattre sur le sexe des anges, en l’occurrence des démons, qui tirent les ficelles de ce régime vieillissant, est une totale perte de temps. La voie, la vraie, celle qui va apporter à nos enfants le salut et la liberté, est celle d’une DEUXIEME REPUBLIQUE. Une Algérie nouvelle. Alors, battons-nous pour une vraie cause. Dans l’harmonie et loin de tout opportunisme.