Au moment où les autorités algériennes promettent d’accompagner les investisseurs nationaux dans leurs efforts et projets d’investissement pour bâtir une nouvelle économie productive, les acteurs concernés se retrouvent prisonniers d’une situation absurde au niveau des banques. 

Nos producteurs et investisseurs sont lourdement pénalisés par une nouvelle instruction de la Banque d’Algérie qui porte gravement préjudice à leurs intérêts. En effet, depuis son entrée en vigueur, l’instruction “n° 02-15 du 22/07/15 fixant le niveau des engagements extérieurs des banques et établissements financiers”, a bloqué les dossiers de nombreux producteurs au niveau des banques algériennes. Ces derniers éprouvent, désormais, toutes les peines du monde à financer les importations de leurs matières premières indispensables au fonctionnement de leurs usines et unités de production.

Depuis le mois d’août dernier, date à laquelle cette instruction a été imposée aux banques algériennes, les outils productifs des investisseurs nationaux sont, du coup quasi-paralysés, les banques étant dans l’incapacité de procéder au paiement des importations en matières premières via les crédits documentaires sollicités.  En réalité, cette nouvelle instruction de la Banque d’Algérie oblige les banques à limiter drastiquement le niveau de leurs engagements extérieurs. Depuis le 1er août dernier, les financements des crédits documentaires par les banques algériennes “ne doit à aucun moment dépasser une (1) fois leurs fonds propres réglementaires tels que définis par la réglementation prudentielle en vigueur”.

Cela signifie clairement qu’une banque n’a plus le droit de financer des opérations d’importations dépassant une fois ses fonds propres, à savoir son capital social et toutes ses réserves. Or, malheureusement, cette nouvelle instruction dont les intentions louables sont de limiter la facture très salée de nos importations ne distingue aucunement entre l’importateur qui verse uniquement dans l’import-import et le producteur national qui doit importer de la matière première ou des équipements industriels pour faire fonctionner des activités  créatrices de richesses et d’emploi.

Dans ce contexte,  pour financer des importations de matières premières à 2 millions d’euros par exemple, le producteur algérien doit lui-même se présenter à la banque pour verser l’équivalent de cette somme en dinars afin qu’il puisse bénéficier d’un crédit documentaire. L’investisseur est donc contraint à mobiliser des fonds en urgence s’il veut éviter des retards de réception de matières premières importées. Or, mobiliser des sommes considérables nécessite un immense effort financier qui peut avoir un impact négatif sur la trésorerie de l’entreprise. “Un producteur doit payer des salaires, des charges sociales, des frais de fonctionnement et de maintenance. Et aujourd’hui, on lui demande de trouver tout seul l’argent nécessaire pour financer l’importation de sa matière première. C’est profondément injuste”, regrette un entrepreneur algérien dont l’usine est aujourd’hui au bord de la paralysie. “Auparavant, c’était notre banque qui procédait au paiement de nos fournisseurs et nous réglons les sommes engagées une fois la matière première réceptionnée en fonction d’un échéancier convenu en commun accord avec la banque. A présent, les banques ne peuvent pas dépasser leurs fonds propres et leur seuil est très limité. Nous devons nous-mêmes trouver les financements nécessaires pour l’importation de notre matière première. Toute notre industrie est menacée”, s’inquiète encore notre interlocuteur.

Des inquiétudes partagées par les banquiers. “Cette instruction ne réduit nullement de manière efficace nos importations puisque les importateurs bloqués dans les crédits documentaires peuvent aller recourir à la remise documentaire et importer leurs marchandises. Un importateur récupère plus facilement son argent et dispose des liquidités nécessaires pour financer ses importations. Un producteur investit et doit se développer à moyen et long terme. La rentabilité n’est pas au rendez-vous dans les plus brefs délais. C’est un investissement auquel il consent des sacrifices financiers. L’empêcher de bénéficier d’un crédit documentaire, c’est de lui porter un grave préjudice”, analyse un banquier établi à Alger.

Quelle est donc la solution ? “La Banque d’Algérie doit absolument revoir cette instruction et fixer de nouveaux plafonds au profit des producteurs qui créent des activités économiques productives en Algérie. On peut imaginer un seuil fixé à 2 fois les fonds propres des banques lorsqu’elles procèdent à des crédits d’investissement et moins d’une fois pour les activités d’importation et de revente en l’état”, suggère un autre banquier travaillant pour une banque internationale installée en Algérie. De leur côté, les producteurs nationaux envisagent de saisir les autorités publiques et à leur tête le Premier ministre, Abdelmalek Sellal. Mais ce dernier ne pourra rien faire si la Banque d’Algérie ne se remet pas en cause.