Abdelaziz Bouteflika cultive avec brio les logiques de consensus. Pour avoir été parmi les piliers du régime algérien au lendemain de l’Indépendance, Abdelaziz Bouteflika a compris, dés son arrivée au pouvoir, qu’il n’allait pas faire de vieux os au palais d’El-Mouradia, s’il ne s’entourait pas d’un cabinet composé d’hommes de confiance. 

Depuis 1999, ce cabinet n’a pas cessé de changer de visages. Les personnes le composant sont demeurées longtemps mystérieuses. Obéissant au jeu des équilibres entre les différentes composantes du système algérien, que Bouteflika adopte depuis des années, ce cabinet évolue au gré des rapports de force. Toutefois, en 2015, l’année où des changements majeurs ont été entamés avec la restructuration du DRS, les remaniements gouvernementaux à répétition, etc, “les Hommes du Président” ont joué un rôle primordial. Le rang et le parcours de ces hommes renseignent bien sur le fonctionnement du sérail algérien. Pour éclairer la lanterne de nos lecteurs, voici la troisième partie de la liste des personnes influentes qu’Abdelaziz Bouteflika consulte lorsqu’il s’apprête à prendre des décisions stratégiques. Ces personnes composent le noyau dur du sérail :

– Zohra Drif-Bitat : 

Cette sénatrice et vice-présidente du Conseil de la Nation est une vieille amie d’Abdelaziz Bouteflika. Ce dernier lui voue un grand respect car elle était l’épouse de Rabah Bitat, un des neuf chefs historiques du FLN que le Président avait très bien connu. Considérée par lui comme une grande moudjahida, elle est régulièrement reçue à la Présidence pour être entendue sur les différents sujets politiques qui font l’actualité en Algérie. Le Chef de l’Etat écoute attentivement ses avis et elle a joué un rôle important pour le convaincre à énoncer des mesures afin d’encourager la promotion de la représentativité  des femmes au Parlement.

– Le Général Mohamed Lamine Mediène, alias Toufik :

Né en 1939 dans la région de Guenzet dans la wilaya de Sétif, ce général est le patron du DRS, les services de renseignement algériens. En dépit de tout ce que l’on raconte sur sa mésentente légendaire avec Abdelaziz Bouteflika, le général Toufik demeure l’un des piliers inébranlables du régime. Depuis son arrivée au pouvoir en 1999, le Président Bouteflika a toujours cherché le compromis avec le général Toufik. De l’aveu de sources très proches du sérail, le patron du DRS a toujours parlé avec franchise et sans aucun faux-fuyant à Abdelaziz Bouteflika. Les deux hommes se connaissent très bien et se respectent profondément, même si la méfiance formate leurs relations. Sur plusieurs dossiers, Abdelaziz Boutelfika décide en fonction des positions du général Toufik. L’un et l’autre font des concessions pour maintenir l’équilibre du régime. Même si les partisans du Président comme ceux du patron du DRS entretiennent la fameuse « guerre des clans » qui alimente régulièrement les colonnes des médias, Abdelaziz Bouteflika et le Général Toufik se gardent officiellement de se mêler de ces querelles et poursuivent leur collaboration.

– Abdelkader Bensalah : 

Constitutionnellement, le président du Conseil de la Nation est le deuxième personnage de l’Etat. Il a, entre autres,la prérogative de succéder au Président de la République, si celui-ci décède au cours de son mandat. Abdelkader Bensalah, originaire d’une localité située à la frontière marocaine dans la wilaya de Tlemcen, permet en réalité de maintenir un véritable équilibre de force au sein du régime. Très proche du courant éradicateur des « janvieristes » des , Bensalah joue régulièrement l’intermédiaire entre Abdelaziz Bouteflika et ses adversaires politiques au sein du courant éradicateur de la hiérarchie militaire. Il discute régulièrement avec le président Bouteflika des problématiques des années 90 et de la réconciliation nationale. Il est aussi un parfait bilingue.

– Lakhder Brahimi :

Ce monument de la diplomatie algérienne est devenu au fur des années, un ami pour Abdelaziz Bouteflika. L’ancien envoyé spécial de l’ONU connaît très bien le parcours du Président et sa sensibilité. Ils parlent tous les deux le même langage et partagent plusieurs points de vue. Lakhder Brahimi n’occupe aucune fonction officielle au sein de la Présidence ni au sein du régime. Mais, ces dernières années, notamment en 2014, il s’est beaucoup rapproché d’Abdelaziz Bouteflika qui n’a pas cessé de l’inviter à la Présidence pour le consulter et demander son expertise sur de nombreuses questions nationales et internationales. Lakhder Brahimi est apparu avec Bouteflika à chaque fois que ce dernier est donné pour mort par la rumeur. Plusieurs sources affirment aussi que Lakhder Brahimi jouera un rôle important dans la transition qui se jouera lors de la succession à Abdelaziz Bouteflika.

– Mohamed-Larbi Ould-Khelifa :

Le président du Parlement incarne à lui-seul le jeu des équilibres déployés par Abdelaziz Bouteflika. Parfait arabisant, mais Kabyle, représentant de la tendance arabisante du système et du FLN, Ould-Khelifa contrebalance le poids d’Abdelkahder Bensalah, le président du Conseil de la Nation. Le sénat pour les gens de l’Ouest, l’APN pour l’Est et la Kabylie. Un raisonnement pas du tout absurde en Algérie, au regard de la complexité de son système politique. Avec Ould-Khelifa, Abdelaziz Bouteflika veut fédérer les « arabisants » du FLN et des appareils administratifs algériens. Le président du parlement lui sert de caution dans plusieurs dossiers et lui transmet des informations importantes sur ce qui se passe au sein de ces cercles que Bouteflika connaît mal, en raison de sa traversée du désert au cours des années 80.