Au moment où l’arrestation du Général Hassan, haut gradé du DRS et ancien chef de la direction de la lutte anti-terroriste, attire toute l’attention de l’opinion publique et des médias nationaux et étrangers, une autre bataille est menée dans les coulisses. Il s’agit de la mue qu’est en train d’opérer le plus puissant appareil sécuritaire algérien, à savoir le DRS. 

Un DRS qui s’affaiblit, se déstructure et se démantèle ? Non, loin s’en faut. Les services algériens vivent en ce moment une véritable restructuration avec pour objectif : Se recentrer sur les missions essentielles du renseignement et devenir la prochaine “CIA” de l’Afrique, ont confié des sources sécuritaires à Algérie Focus. Les nombreuses interrogations et la vive polémique suscitée par l’arrestation du général Hassan ne reflètent pas réellement la situation qui prévaut en ce moment au sein du DRS. “Depuis 2008-2009, de nombreux officiers qui ont cravaché durement durant les années 90 sont partis oo ils ont été mis à la retraite. Beaucoup de départs volontaires ont été enregistrés car ces agents ont vécu une décennie noire très éprouvante. Certains ont même succombé à de graves maladies. Aujourd’hui, des jeunes officiers ont pris la relève. Ces derniers n’ont pas la même vision du renseignement ni la même mentalité. Ils sont partisans d’une modernisation qui ne peut plus attendre”, expliquent nos sources selon lesquelles les hauts responsables du DRS ont été amenés à prendre une décision radicale. Celle de la rupture avec les pratiques des années 90.

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“Le temps où le DRS était présent partout et mobilisé dans tous les secteurs de la vie est révolu. L’avènement des nouvelles technologies et la sophistication des nouvelles formes du terrorisme mondial ont obligé le DRS à se reconfigurer autour de trois pôles : l’espionnage, le contre-espionnage et la veille stratégique”, explique un ex-officier du DRS qui demeure très informé de ce qui se passe en ce moment au sein des services secrets algériens.

Le DRS ne va donc plus s’occuper des enquêtes de réhabilitation ou de nomination des hauts cadres de l’Etat. Il ne devra plus noyauter toutes les administrations publiques et entreprises étatiques. Les enquêtes sur la corruption et le détournement des deniers publics ne relèveront plus parmi ses missions prioritaires. Il sera essentiellement versé dans le renseignement et téléguidera les autres services de sécurité  qui s’occuperont de ses enquêtes en se basant sur les renseignements recueillis par les officiers du DRS, affirment nos sources. Le DRS sera aussi amené, à travers cette restructuration, à produire des études stratégiques, des notes de synthèse qui anticiperont les scénarios de crise. “Bref, l’actuelle réforme vise à faire du DRS la CIA de l’Afrique. Le modèle américain est celui que recherche à la fois les hauts responsables du DRS, sous l’impulsion des jeunes officiers qui ont fréquenté des écoles américaines, et à leur tête le Général Toufik et la Présidence de la République”, assurent nos sources. Mais y-a-t-il vraiment un consensus entre la Présidence et les dirigeants du DRS ? “Il y a, certes, des résistances au changement de la part de certains hauts gradés. Mais, même ces derniers, vont se résoudre à accepter le changement car l’Algérie des années 90 n’est plus d’actualité”, indiquent encore nos sources.

Il est à souligner que le DRS gardera la mainmise sur l’Institut des hautes études stratégiques situées à Béni-Messous, à Alger. Dans cet institut, tous les officiers du DRS étudient des modules stratégiques pour leur métier. L’établissement, dirigé aujourd’hui par le général Nagib, l’un des hauts gradés du DRS les plus influents, dispose aussi d’une section de recherche et d’analyse où les officiers du DRS apprennent les techniques les plus sophistiquées de la collecte des renseignements. Selon nos sources, il sera renforcé dans ses missions et financements. Mais, le projet de la modernisation du DRS aboutira-t-il sans aucune anicroche ? Seul l’avenir nous le dira…