Comme chaque année, le 1er Novembre émerge de l’histoire alors que s’alourdit le bilan de nos failles en tant que société, en tant que peuple. Nous avons perdu les repères de nos ancêtres et perverti les valeurs de nos aînés. Plus encore, nous avons hypothéqué l’avenir de nos enfants, ne serait-ce qu’à travers la faillite de notre éducation, académique comme citoyenne, et l’absence de savoir-faire qui signe notre dépendance des autres.

Le sens du tragique est bien sûr dans les conséquences de nos actes sur le pays. Mais le sens du tragique vient surtout du fait que toute cette gabegie ne nous interpelle plus. Elle ne semble plus nous déranger et glisse sur notre algérianité comme pluie sur glace, comme si nous étions désormais formatés pour composer avec la laideur et la médiocrité, le désordre et la violence. Sommes-nous conscients que c’est ainsi que nous présentons au monde l’Algérie. Un pays qui dérive entre un pouvoir opaque, aveugle, mais sans partage; un peuple rendu à l’indifférence et le fatalisme, et une opposition incapable de s’inscrire dans l’histoire.

Comme chaque année, le 1er Novembre revient porteur du même espoir: trouver quelques fibres de fierté à inscrire dans notre histoire. Inlassablement, il fouille dans nos vies, nos projets, nos réalisations, en vain. Rien de ce que nous affichons n’honore la mémoire de Novembre et les sacrifices qu’il a coûté aux nôtres. Et pour cause, un simple regard sur l’état du pays et de son peuple renseigne sur la démission de la conscience collective.  Tout un affront pour le 1er Novembre 54, ce vigile de notre histoire qui revient secouer inexorablement notre mémoire, avant de repartir vaincu et répudié par la somme de notre ignorance aggravée par l’suffisance maladive qui nous empêche de nous corriger et de grandir pour assumer notre destin de peuple libre.

Cette année encore, nous allons tuer l’esprit du 1er Novembre. Comme de coutume, nous n’avons rien changé, ni dans notre façon d’être ni dans notre façon de faire. Fidèles à nos petites lâchetés et à notre égoïsme, comme nos gouvernants à leurs fausses promesses, nous foulerons aux pieds le grand rêve de nos mères et nos pères.

Nous nous lamenterons un coup au buffet de nos frustrations en tous genres, puis, un peu par lâcheté, un peu par égoïsme, nous invoquerons la formule magique d’Allah ghaleb et tournerons le dos à l’idéal de l’État de droit, presque convaincus par ceux qui nous disent qu’il n’est pas fait pour nous. Une autre façon de dire que nous avons besoin d’un gourdin pour fonctionner.

Nous oublierons alors, la grande leçon de courage et de dignité enseignée par le combat de nos parents et continuerons de faire à l’Algérie le mal qu’on lui fait depuis plus d’un demi siècle, en acceptant la recette du pouvoir faite d’humiliation et de déni de nos droits humains.

Et comme chaque année, en ce jour du 1er novembre 2015, coincés entre l’hypocrisie et le mensonge, nous regarderons nos enfants saluer le drapeau et chanter «kassamane» en faisant semblant d’être libres dans la kermesse bien gardée de notre régime autoritaire. Jusqu’à quel 1er Novembre accepterons-nous ce rôle de société-accessoire au service du pouvoir au lieu d’une force agissante sur son destin et celui de son pays? D’ici le prochain, tant de choses pourraient être faites…

Zehira Houfani Berfas

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