Politique budgétaire/ Les leçons que l’Algérie doit tirer de la faillite grecque

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Raouf Boucekkine, de l’université Aix-Marseille, et Nour Meddahi, de la Toulouse School of Economics, ont publié tout récemment un document offrant de nombreuses recommandations au gouvernement algérien, notamment en ce qui concerne la politique budgétaire et les différents modes de financement de l’économie algérienne.

Un volet important de leur analyse a été accordé à la politique budgétaire où les deux économistes  apportent un précieux éclairage concernant la question du financement de l’économie.

On retrouve, d’abord, le constat que font beaucoup d’économistes : les prix du pétrole vont rester bas, en raison de l’offre abondante, « qui va s’accentuer avec l’arrivée du pétrole iranien sur le marché« , ainsi qu’une demande en baisse, notamment à cause du ralentissement de l’économie chinoise et de sa forte influence sur les cours mondiaux. Ce niveau des prix a un impact désastreux sur le déficit budgétaire, et cela pose donc plusieurs questions quand à la politique à mener, et les deux économistes proposent donc un certain nombre de réponses.

Leur démarche est intéressante car elle offre une approche comparative avec la situation du contre-choc pétrolier de 1986, et elle s’inspire de l’expérience gouvernementale de cette période pour en faire la critique. Ils montrent par exemple que le niveau des recettes ordinaires était plus élevé lors du premier contre-choc et que la faiblesse actuelle des recettes ordinaires est un problème à régler pour le gouvernement. La comparaison avec la Grèce est aussi pertinente, car elle montre qu’une politique budgétaire plus austère a tout intérêt à être pensée et ajustée sur une période de trois ou quatre ans afin de ne pas enrayer le moteur de l’investissement nécessaire à toute économie moderne. Pour les deux chercheurs, la baisse des dépenses publiques doit donc être graduelle, et ils ajoutent qu’elle doit « porter sur des dépenses économiquement et/ou socialement inefficaces »

Soutenir l’investissement malgré la baisse des dépenses publiques

L’autre impératif est donc de « ne pas gripper le moteur de l’investissement ». Tant que l’investissement privé n’aura pas pris la suite de l’investissement public, il est nécessaire, pour soutenir la croissance, de maintenir le niveau d’importation des biens d’équipements et des approvisionnements industriels. De plus, pour favoriser cet investissement privé, les deux économistes appellent au soutien des projets de partenariats public-privé (PPP), et recommandent d’assouplir la règle du 51/49 pour favoriser l’investissement direct étranger (IDE), qui est particulièrement faible en Algérie lorsque l’on compare avec ses pays voisins.

Au lieu de s’en prendre à l’investissement, le gouvernement devrait donc s’en prendre à de nombreuses subventions alimentaires et énergétiques que les deux chercheurs trouvent antisociales : d’après leurs chiffres la moitié la plus aisée de la population reçoit 72% des subventions totales. Encore une fois, ils parlent d’une baisse graduelle, et ciblée, d’une partie de ces subventions.

Concernant les recettes ordinaires, les statistiques montrent que l’évolution de leur niveau s’est souvent faite à l’inverse de l’évolution du niveau des recettes issues des revenus du pétrole. Par conséquent, celui-ci est plutôt faible depuis 1990, et les deux chercheurs considèrent que les revendications patronales concernant la baisse des impôts, notamment ceux de la TAP et de l’IBS sur les services, ne sont pas légitimes, et que ces taxes ne doivent donc pas baisser. En revanche, certains secteurs, à l’instar du tourisme, doivent être soutenus, et dans cette perspective certaines baisses d’impôts peuvent être envisagées.

Soutenir la production nationale

Sur le plan international, plusieurs mesures doivent être prises pour soutenir les entreprises nationales face à leurs concurrents étrangers. La compétition au sein d’un environnement international féroce nécessite certaines manœuvres économiques patriotiques. Les deux chercheurs recommandent « d’orienter en priorité les aides aux secteurs où la production nationale ne comble pas la demande interne ». Remarquant une forte demande de la part de la population algérienne pour le tourisme balnéaire, ils évoquent la création nécessaire de deux ou trois grand pôles touristiques pour réaliser des économies d’échelle.

De plus, des incitations fiscales devraient être mises en place par le gouvernement pour que les grandes entreprises puissent délocaliser certains de leurs services administratifs dans des régions généralement peu attractives pour des secteurs industriels, à l’instar du sud et des hauts-plateaux. Enfin, la protection de la production nationale peut aussi passer par une augmentation de la TVA sur les produits de luxe et sur les produits importés.

Sur le plan énergétique, que ce soit pour le diesel ou pour des climatiseurs, la question est à la fois écologique et économique, notamment dans un contexte d’explosion de la consommation d’énergie. Le parc automobile augmente, mais l’économie algérienne produit trop peu de voitures. Il serait pertinent de diminuer les importations de voitures, si des usines s’installent dans le pays, comme le suggèrent certaines discussions entre le gouvernement et opérateurs nationaux. Les deux économistes proposent alors de limiter l’importation à 100,000 voitures. Concernant, les climatiseurs, un monopole d’Etat permettrait d’importer des climatiseurs économes en énergie, avec pour objectif, à terme, d’interdire la production de climatiseurs non économes.

Par Tahar. S