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Alors qu’une crise financière est aux portes de l’économie algérienne, comment mieux envisager le financement de l’économie nationale? C’est à ce problème que se sont attelés deux universitaires algériens : Raouf Boucekkine, de l’université Aix-Marseille, et Nour Meddahi, de la Toulouse School of Economics. Leurs principales propositions ? Un endettement de l’Etat à un niveau national, une diminution du niveau de liquidités au sein des banques, et des taux bancaires qui soient au service de notre économie.

Quel type d’endettement pour l’Etat ?

Le constat que font les deux chercheurs est le suivant : l’Etat prête ses réserves de change à de faibles taux, alors que l’endettement externe se ferait à un taux élevé, il ne doit donc être considéré qu’à court terme. C’est l’emprunt au niveau national qui doit donc lui être préféré, notamment avec des bons du Trésor, surtout quand l’épargne privée est aussi élevée qu’elle ne l’est en Algérie.

Pour rendre attractifs ces bons auprès de la population, ils recommandent que ceux-ci soient protégés de l’inflation, c’est-à-dire que leurs taux équivalent à l’inflation plus une rémunération, à l’instar des TIPS (Treasury Inflation Protected Securities) qui se sont développés dans le monde anglo-saxon. L’autre moyen de financement passe par le marché bancaire, mais la générosité de celui-ci peine à retrouver le niveau des années 1980. Les crédits à l’économie sont en hausse depuis quelques années, mais en représentant 38% seulement du PIB ils restent de faible importance.

L’excès de liquidités représente un des problèmes majeurs

Les deux économistes regrettent en effet un excès de liquidités au sein des banques, qui n’offrent donc que trop peu d’oxygène à l’économie, et cet excès est notamment dû aux dépôts de Sonatrach. Les banques algériennes n’ayant pas besoin de se financer auprès de la banque d’Algérie, celle-ci a perdu un des atouts de la politique monétaire : la fixation du taux directeur. Ces universitaires proposent donc que la Sonatrach possède un compte en devises et « que son montant maximal soit fixé par la Banque d’Algérie et le Conseil National de l’Energie ».

L’objectif est donc aussi de redonner de la force à la Banque d’Algérie, afin qu’elle soit capable d’inciter les banques à prêter plus. Dans cette perspective, il faut que « les banques centrales mettent un taux de rémunération négatifs pour les facilités de dépôt », à l’instar de la politique de la BCE qui a fixé ce taux à -0.1% à partir de Juin 2014, afin que les liquidités en présence soient plus au service de l’économie qu’à celui des banques. Le niveau des réserves obligatoires demandé aux banques parait lui aussi bien trop élevé (12% depuis 2013) et la conjoncture actuelle plaide pour une diminution du taux de réserves. L’objectif serait de retrouver le niveau de 2004 (6.5%).

Des taux bancaires au service de l’économie algérienne

Dans cette perspective, les deux chercheurs considèrent donc que les banques algériennes ne remplissent pas leur rôle, et qu’il faut leur redonner toute leur dimension économique. Lorsque de gros événements politiques et économiques prennent place, elles sont incapables de réagir et d’avoir des réponses proportionnelles à ces phénomènes, puisque le manque de concurrence ne les incite pas à avoir une politique de taux dynamique et réactive.

Les deux universitaires voient notamment trois principaux problèmes. Tout d’abord, l’écart (ce qu’on appelle le ‘spread’) entre le taux de prêt à un an (6.75%) et le taux de rémunération des dépôts à terme à un an (2%) est trop important. Cela veut dire que les banques « empruntent de l’argent à peu de frais » alors qu’elles le « prêtent à des taux élevés ». Il faut diminuer ce spread de 4.75% afin qu’il ne dépasse pas 2%. Ensuite, les deux chercheurs relèvent que « les taux de prêts des banques sont les mêmes pour des prêts à court, moyen et long terme ». Lorsque la courbe de taux est si plate, la banque va avoir intérêt à préférer les prêts à court terme, et les autres types de prêt seront alors moins fréquents.  Il faut donc modifier cette courbe de taux afin de refléter la prise de risque du prêteur (ici la banque), afin que celui-ci soit indifférent au type de prêt qu’il accorde.

Enfin, ils trouvent que la rémunération des dépôts à terme est trop faible, et que l’épargne dans le système bancaire n’est donc pas assez attractif. Leur principal argument consiste à mettre cette rémunération en relief avec le taux d’inflation actuel, qui la rend en effet bien faible, voir négative. Les deux universitaire soutiennent donc un niveau de rémunération des dépôts à terme au-dessus de l’inflation anticipée.

Une des dernières recommandations concerne le développement d’une finance islamique. Évoquant les nombreux algériens qui évitent certains produits rémunérés pour des raisons religieuses, ils plaident pour la création d’un fonds étatique spécifique consacré au financement du développement de ces nouveaux instruments issus de la finance islamique. Tous ces conseils visent donc à donner un peu d’oxygène à l’économie algérienne, en s’assurant que la Banque d’Algérie et les banques algériennes jouent leurs rôles et ne fuient pas leurs responsabilités. La capacité de l’économie algérienne à se transcender dans les périodes de crise passera aussi par des mécanismes de financements plus efficaces, et plus adaptés aux spécificités de cette économie nationale.

Tahar S. 

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