Cela se passe en Algérie et en 2015. Pendant que le général Benhadid, ex-commandant de la prestigieuse 8ème Brigade blindée de l’ANP, croupit en prison, l’ancien chef terroriste Madani Mezrag menace directement et sans détour le président de la République sur le plateau d’une télévision privée, El Watan TV en l’occurrence. 

L’ex-chef terroriste a proféré des menaces explicites contre le Chef de l’Etat :  « Le Président est dans un état qui ne lui permet pas de prendre des décisions.  Il s’était déjà trompé sur notre compte en 2009, dans un discours à Oran. Notre réponse a été très forte et aujourd’hui le Président refait la même chose. Quelle que soit la partie ou le conseiller qui est derrière, il nous oblige à lui répondre avec virulence. On va lui rappeler notre réponse de 2009. Et s’il ne revoie pas sa position, il va entendre de moi ce qu’il n’a jamais entendu auparavant », a-t-il dit sur un ton violent.

Des propos d’une dangerosité extrême et d’une brutalité rare. Madani Mezrag prouve qu’il n’a nullement peur des autorités algériennes avec lesquelles il a négocié la réconciliation nationale et la reddition de milliers des combattants de l’armée Islamique du Salut (AIS) au début des années 2000. L’ancien émir terroriste a démontré également que dans sa tête, il est toujours au maquis puisqu’il se dit prêt à se battre à n’importe quel moment. « Celui qui va me donner des ordres n’est pas encore né », a-t-il dit sur le plateau d’El Watan TV. Madani Mezrag est allé jusqu’à proclamer son innocence et celle de ses combattants terroristes au sujet des massacres commis pendant la décennie noire.  « Nous ne sommes pas responsables de la tragédie nationale. Nous en sommes des victimes. Le peuple nous a choisis, nous sommes arrivés au pouvoir et ils se sont retournés contre nous, avec les armes. Ils ont tué, torturé (…) Nous ne sommes pas responsables de la crise, ceux qui ont plongé le pays dans un bain de sang sont toujours au pouvoir », a-t-il expliqué.

Face à ce dérapage sans précédent et cet appel à la violence, les autorités algériennes ont observé un silence intriguant. Pour l’heure, aucun haut responsable algérien n’a réagi. Ou peut-être si…le directeur d’El Watan TV a été convoqué pour être averti.

Cette inertie étonnante du pouvoir soulève de nombreuses questions surtout après l’arrestation musclée, la semaine dernière, du général à la retraite Benhadid. Ce dernier s’est retrouvé rapidement en prison après sa sortie médiatique où il avait lancé de graves accusations contre le frère du Président, Saïd Bouteflika.

Les propos du général Benhadid sont-ils plus dangereux pour la stabilité du pays que les menaces de l’ex-chef terroriste Madani Mezrag ? Pourquoi emprisonner l’un et épargner l’autre ? A quoi rime cette justice à deux vitesses ? Les Algériens aimeraient vraiment obtenir des réponses à ces interrogations.

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