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Baha Eddine Tliba, le controversé député FLN d’Annaba, est un « gros moche », un « obèse qui pue » et à qui il « faut deux chaises pour pouvoir s’asseoir ». Ahmed Ouyahia, c’est le « Kabyle de service » qui exécute les sales besognes. Amar Saâdani est un « drabki idiot ». Abdelaziz Bouteflika, « un handicapé impotent ». Saïd Bouteflika, n’en parlons mêmes pas. Les insultes, les quolibets, les propos les plus abjects et les plus vulgaires sont utilisés par de nombreux Algériens pour exprimer leur désaccord avec les tenants du régime.

Sur les réseaux sociaux, des opposants farouches, des journalistes, des membres de partis politiques de l’opposition ou de simples observateurs de la scène politique recourent régulièrement à ces plaisanteries vulgaires et offenses d’une immoralité extrême pour critiquer les dirigeants. Ces gens-là sont loin d’ignorer que la bassesse des propos cause du tort à la légitimité du message. Pourquoi attenter à la dignité d’une personne lorsque l’on veut contester sa légitimité politique ? Répondre à la violence politique des représentants du régime par l’indécence ou l’obscénité n’a absolument rien de glorieux. C’est même une insulte au bon sens.

Le problème de Baha Eddine Tliba ne réside pas dans son poids et ne concerne nullement sa morphologie. C’est sa ligne politique, son positionnement sur l’échiquier politique national et ses relations avec les lobbies occultes du business et les apparatchiks du pouvoir qui sont contestables, critiquables et méritent de sérieuses investigations. S’en prendre à son poids ou son physique est non seulement une ineptie, mais aussi une impardonnable inélégance indigne des valeurs de notre peuple. Etre gros ou obèse n’est guère une tare qui doit alimenter un débat public et au nom de laquelle on doit clouer au pilori un personnage politique. Idem pour le handicap d’Abdelaziz Bouteflika. Il n’explique nullement la violation de la constitution, le bilan calamiteux de son quatrième mandat ou les dérives démagogiques de son règne.

Enfoncer Abdelaziz Bouteflika dans une méchante caricature à cause de son handicap physique est une imbécillité dangereuse. Plus de deux millions d’Algériens sont des handicapés moteurs. Sont-ils tous corrompus, dictateurs, mafieux ou je ne sais quoi encore ? L’handicap physique explique-t-il en quoi que ce soit l’illégitimité politique du président Bouteflika ? Heureusement que non ! L’insulte, l’humiliation et l’offense ont pris le dessus sur la refléxion, mûre, le débat responsable, les propositions rationnelles et l’analyse percutante. Sur les réseaux sociaux, ce fléau ravage tout sur son passage dans notre pays. Plus aucun débat n’est imaginable, plus aucune discussion politique n’est possible car tout vire rapidement à l’injure et l’outrage.

En Algérie, on ne fait aucune distinction entre le physique d’un homme politique et sa gouvernance. Aucune différence entre son intimité familiale et ses positions idéologiques. Les idées, les actions, ne sont plus des paramètres que notre opinion publique prend en considération. On attaque à l’un parce qu’il était « drabki », on accuse l’autre d »‘homosexualité », on qualifie un laïc d' »ivrogne », un islamiste de « pédophile »… Une femme est l’objet des pires insultes dés qu’elle ose prendre la parole sur un sujet d’actualité. Les commentaires régionalistes et racistes sont légion.

Au final, notre pays fait les frais de ce niveau si bas, si médiocre, si décadent. Au lieu de chercher des alternatives et bâtir un nouveau projet de société, on patauge continuellement dans le cloaque des noms d’oiseaux. Pendant ce temps, les dirigeants, eux, profitent pour se maintenir au pouvoir. Ces éternels insultés trouvent parfaitement leur compte dans l’immoralité ambiante. Ils l’instrumentalisent pour répandre une autre immoralité. Financière et politique celle-là. Alors, de grâce, élevons le niveau!