L’Algérie est longtemps restée focalisée sur les hydrocarbures pour assurer son développement et subvenir aux différents besoins du pays. Pourtant, son immense potentiel minier pouvaient non seulement venir en appoint au pétrole et au gaz, mais carrément constituer le fer de lance d’une industrialisation tant souhaitée.

Du 18 au 21 Octobre s’est tenu le Salon International de l’Industrie Minière, au salon des expositions à Alger. Pour sa toute première édition, de nombreuses entreprises, privées et publiques, nationales et étrangères, étaient présentes pour présenter leurs produits et leurs projets.

L’ambiance y était formelle, de nombreuses conférences étaient organisées, et c’était surtout l’occasion pour les professionnels de rencontrer des experts du secteur et de se faire des contacts utiles à l’accompagnement de projets d’exploitation du secteur minier. Malgré tout, quelques étudiants étaient présents, de futurs géologues notamment, afin de rencontrer des entreprises qui, un jour, auront certainement besoin de leur expertise.

D’ailleurs, l’Agence du service géologique de l’Algérie (ASGA) bien là, et est particulièrement optimiste quand à l’avenir de l’industrie minière algérienne : « La crise des hydrocarbures est une opportunité pour l’industrie minière, et les élites politiques en ont pleinement conscience », explique la responsable du stand, « et nous espérons donc que l’Etat va trouver les moyens financiers de ses ambitions ». Sympathique, avenante, la responsable du stand de l’agence a passé ces quatre journées à expliquer aux professionnels et aux entrepreneurs du secteur le rôle d’information et d’accompagnement que joue le service géologique auprès des entreprises du secteur minier.

A l’ASGA, qui existe depuis 1883, ce sont 140 personnes, dont 60% de chercheurs, qui se chargent  « d’acquérir, de valider, de conserver et de restituer les connaissances de base relative à la géologie du pays au profit des activités économiques ». L’objectif est donc principalement économique, en apportant l’information aux entreprises, publiques et privées, qui cherchent à investir dans ce secteur.

La richesse minière du pays a longtemps été négligée au profit du pétrole, et la crise qui se profile peut en effet permettre à cette ressource prometteuse de revenir sur le devant de la scène. En plus des hydrocarbures, l’Algérie dispose en effet de riches ressources, grâce à ses régions aux sols divers, que ce soit dans l’Atlas saharien, dans les massifs kabyles, au sein de la chaîne de l’Ougarta, dans l’Oued El Kebir, etc. On y trouve notamment de l’argent, de l’arsenic, du baryum, du cuivre, du fer, du marbre, du mercure, de l’or, du plomb, du phosphate, et une multitude d’autres minerais.

Les responsables de l’ASGA sont plutôt optimistes quant à l’avenir du secteur, mais toutes les entreprises présentes au salon n’étaient pas de leur avis. Pour beaucoup, l’Etat n’investit pas assez dans l’industrie minière, et l’espoir d’un déclic avec la crise pétrolière n’est aussi présent que chez les géologues de l’agence. Un responsable d’une entreprise spécialisée dans la vente de marbre raconte : « La demande nationale est forte, mais l’offre n’est pas présente ». Et sur le marché international ? « C’est pire, on n’exporte pas ou trop peu, un peu en Espagne, un peu en Italie, alors que nous disposons de ressources immenses ».

Mais en quoi serait-ce la faute de l’Etat ? « C’est de la mauvaise planification, il n’y pas de projet à long terme, juste des projets mineurs qui se mettent en place », continue ce responsable. Il remet aussi en cause le manque de suivi des entreprises algériennes : « C’est une politique sincère qu’il nous faut, plus de rigueur au niveau des unités, et un meilleur suivi ».

Comment plus et mieux investir dans l’industrie minière ?

Un article récent paru dans la revue du Oxford Business Group (OBG) indique que beaucoup de progrès doivent aussi être faits dans le secteur de la recherche, afin d’en savoir plus sur les conditions d’exploitation de ces nombreuses ressources. Dans cette perspective, l’investissement dans la recherche, notamment grâce à l’agence du service géologique, doit être fortement encouragé.

D’après les données de l’ASGA, une part importante de ces minerais est située dans des zones éloignées et disposant de peu d’infrastructures. L’article de l’OBG montre que tout l’intérêt de ce secteur minier se trouve dans sa proximité avec le gros marché que représente le continent Européen. L’Europe est déjà le plus gros marché pour l’Algérie, mais cet état de fait devrait encourager l’Etat à investir massivement dans des infrastructures capables d’exploiter toutes ces richesses. De plus, pour l’OBG, l’Etat devrait faciliter l’implantation et l’investissement de sociétés étrangères, car le secteur algérien représente pour ces entreprises un milieu très attractif, avec un coût du travail faible et un riche environnement.

Les discussions avec les patrons et les experts présents au Salon, ainsi que l’avis de nombreux professionnels étrangers, montrent bien une prise de conscience de l’Etat de la richesse minière, et de la nécessité urgente face à la baisse des prix des hydrocarbures, d’investir largement dans le secteur. Le gouvernement a montré sa volonté d’accompagnement du développement de ce secteur. Les nombreux projets mis en avant lors du Salon, et l’existence même de ce salon, ainsi que les jeunes partenariats entrepris avec des entreprises étrangères, en sont le symbole.

Cependant, compte tenu de l’état actuel des ressources, sous-exploitées, et de la forte demande, il reste encore beaucoup de chemin à faire. La demande n’est pas seulement internationale, car tous ces projets d’exploitation des sols doivent aussi soutenir les grands projets de construction du gouvernement. Comment le pays peut-il importer tant des ressources nécessaires à ces projets d’envergure alors que ses sols sont si riches et si diversifiés ?

Tahar S.

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