Le cancer est un mal épouvantable. La science fait des progrès fantastiques, mais la maladie va plus vite. Aujourd’hui, on arrive à mieux soigner certains types de cette pathologie tels ceux du sein et de la prostate.

La chimiothérapie et la radiothérapie, malgré des inconvénients majeurs, restent pour l’instant les seuls moyens de lutter contre les cellules malignes et les métastases. Ce sont deux thérapies très coûteuses et malgré les moyens mis en œuvre par le ministère de la Santé, les délais pour obtenir des rendez-vous dans les unités spécialisées sont très longs, notamment pour les malades de l’intérieur du pays obligés de «monter» à Alger. La presse a dénoncé à maintes reprises le sous-équipement des C.H.U des wilayas de l’intérieur du pays et critiqué en des termes vifs, l’impéritie de l’administration et du personnel hospitalier. En vérité, le problème est parfois ailleurs.

Ainsi, il y a quelques années des oncologues ont été intrigués par la présence dans un hangar désaffecté du C.H.U de Constantine de deux colis imposants portant la marque de matériel médical qu’ils connaissaient bien. Il s’agissait en effet de deux accélérateurs linéaires type CLINAC 600 MV. Il faut savoir que les accélérateurs de particules servent à délivrer des rayons X de six méga volts qui sont la base du traitement par radiothérapie. Ils sont utilisés pour le traitement des lésions peu profondes comme les cancers du sein par exemple.

Nos médecins, connaissant le coût exorbitant de ce type de matériel et intrigués par la couche de poussière et l’état d’abandon des machines dans leur emballage d’origine, allaient essayer d’en savoir un peu plus. Ainsi, ils ont appris que le matériel était entreposé dans ce même endroit depuis …trois ans et demi, et que si les appareils n’ont pas été installés c’est tout simplement parce qu’on a «oublié» de démonter les vieux appareils devenus obsolètes depuis longtemps. Il n’était pas du ressort de nos médecins de savoir pourquoi on s’était empressé de commander les accélérateurs avant de préparer le réceptacle, compte-tenu de leur fragilité et des conditions drastiques de leur utilisation.

Mais ce n’est pas tout. Car, non seulement le démontage des vielles machines n’était pas planifié, mais aucune procédure de récupération des sources radioactives de cobalt n’avait non plus été planifiée. De surcroît, ces sources devaient être rapatriées à la maison mère au Canada.

Plus grave encore, aucune planification des travaux d’aménagement des bunkers destinés à recevoir ces accélérateurs de particules et leurs sources de cobalt n’avait été prévue et de ce fait, ces travaux n’ont pu être exécutés. Il faut savoir que ces appareils doivent être acheminés à la fin des travaux d’aménagement qui consistent à prévoir des espaces répondant à des normes très strictes en matière de radioprotection, telles que l’épaisseur des murs, les matériaux de construction, l’isolation, la surface, la hauteur sous plafond, l’hygrométrie etc…

Nos médecins ont trouvé cette situation tout simplement«surréaliste». C’est le terme qu’ils ont employé. Alors nous avons posé l’inévitable question: «c’est grave, docteur ?» La réponse a été affirmative et ce, pour une raison fondamentale : certains décès auraient pu être évités ou retardés, si le matériel avait été installé selon les normes et dans les temps.

Les accélérateurs qui ont été installés nécessitent de nouveaux équipements car ceux d’origine, après avoir attendu trois ans et demi, sont largement dépassés en matière de technicité. Il faudra changer la plupart des logiciels et remplacer certains outils qui ont largement évolué depuis.

Aux dernières nouvelles, les accélérateurs ont été mis en marche en septembre de cette année. Il est impossible de chiffrer la perte sur le plan financier, à moins d’avoir accès aux différents contrats de vente, d’entretien, de formation du personnel, des avenants, des débours et de garantie.

Mais ça, c’est un autre problème!