Daech, la grande supercherie Par Aziz Benyahia

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Comment interpréter l’absence de réaction de ce qu’on appelle communément la rue arabe, à la suite du dernier carnage en France? Est-ce un signe de maturité politique ou un changement de paradigme? Les médias étrangers les plus malveillants à l’égard du monde arabe et de l’islam, ainsi que les partis d’extrême-droite ont dû être déçus par l’absence du moindre cri de joie qui les aurait confortés dans leur méfiance à l’égard des musulmans. Bien au contraire, la condamnation des attentats est générale dans les pays musulmans, parce que les victimes indifférenciées sont innocentes et parce que Daesch n’a jamais inspiré la moindre sympathie dans aucun pays, sauf dans quelques réduits où le banditisme le dispute aux illuminations fanatiques, comme en Somalie ou du côté de Boko-Haram.

On ne peut parler de désamour puisque les musulmans dans leur ensemble n’ont jamais eu la moindre sympathie pour un mouvement qui ne s’exprime que par la violence la plus effrayante et qui se réclame d’un islam dans lequel personne ne se retrouve, pas même les plus irréductibles des Salafistes.

Dans le fond, que veut ce «calife» Al-Baghdadi qui s’est décrédibilisé dès le départ en s’autoproclamant successeur du Prophète (Asws), et en enrôlant, à tour de bras et à coups de dollars, des jeunes en mal d’âme, d’avenir et de spiritualité et les soldats perdus après le retrait des armées occidentales d’Irak? On a beau essayé de décrypter la littérature de Daech et chercher dans ses outils de propagande la moindre approche idéologique susceptible de nous questionner, on n’a rien trouvé qui vaille la peine qu’on s’y attarde, tant la violence rythme la moindre de leur manifestations et tant la haine du progrès et de l’émancipation leur servent de viatique.

Les islamologues et les spécialistes de l’histoire des religions, qui ont voulu en savoir un peu plus sur Daech, n’ont pas trouvé le moindre signe de cohérence dans ce qui leur sert d’idéologie et de dogme à la fois et qui se résume à une espèce de salmigondis qui leur inspire les actes les plus barbares qu’on puisse imaginer. Leurs despérados torturent violent, lapident, brûlent, et assassinent au nom d’un dieu qui n’est pas le nôtre.

Daech se définit lui-même comme un mouvement salafiste jihadiste, se servant ainsi de deux références qui font partie du corpus de l’islam, dans l’espoir de se donner plus de chance d’asseoir sa légitimité. L’imposture fit long feu, dès leurs premières exactions et il ne pouvait en être autrement. Pourquoi?

Primo, le «salafisme» signifie la référence au «salaf», c’est-à-dire aux premiers musulmans qui ont été témoins du Prophète (Asws), et ce sont les intégristes islamistes qui ont usurpé ce nom pour s’assurer plus de crédibilité et de respectabilité. Il faut savoir qu’ils prônent tout bonnement un retour en arrière, préoccupés uniquement par les apparences et croyant qu’il suffit de singer les premiers musulmans pour se rapprocher de Dieu.

Secundo, le jihad en islam n’est pas le viol, la décapitation et l’assassinat. Ce n’est pas la guerre contre ceux que Daech considère comme de mauvais musulmans, ni contre les non-musulmans. Le jihad, appelé aussi le grand jihad ou «jihad ennefse», est essentiellement la lutte intime qui oppose l’homme à son égo dans un affrontement de tous les instants contre les mauvais penchants naturels, la cupidité, l’orgueil, la suffisance, le mépris d’autrui, l’hypocrisie etc…Bref! C’est un travail sur soi, une lutte intérieure pour se débarrasser de ses scories en s’inspirant des recommandations coraniques. Quant au jihad par les armes, c’est l’ultime recours du musulman dans un combat d’autodéfense contre un envahisseur ennemi, et qui doit obéir à des précautions très précises. Soit dit en passant, point n’est besoin de revenir sur l’amalgame qu’on continue à entretenir entre jihad et jihadisme, islam et islamisme; la solidarité sans faille des musulmans de France avec leurs compatriotes victimes de la sauvagerie de Daech, suffira à elle seule à y mettre un terme; espérons-le.

La grande supercherie à laquelle Daech a eu recours pour mystifier beaucoup de musulmans au début de son apparition, consiste à isoler certaines parties de versets coraniques et surtout à ignorer superbement ceux qui constituent les fondements même de la doctrine islamique.

Prenons des exemples. Ainsi, dans le premier cas, ils ne retiennent que le début d’un verset : «Tuez-les partout où vous les trouvez» le séparant du reste du verset «et chassez-les d’où ils vous ont chassés» Coran : 2/191, faisant ressortir ainsi un aspect belliqueux et sanguinaire de l’islam et l’isolant ouvertement du verset qui lui fait suite : «Combattez dans la voie de Dieu ceux qui vous combattent, sans jamais outrepasser les limites permises car Dieu n’aime pas ceux qui les transgressent» Coran : 2/190

Il s’agit bien d’un combat d’autodéfense, ce qui n’est pas tout à fait le cas de la guerre menée par Daech.

Dans le second cas, ils ne font jamais référence au verset qui résume à lui seul l’amour de l’humanité prôné par le Coran : «Quiconque tue un être humain non  convaincu de meurtre ou de sédition sur la Terre est considéré comme le meurtrier de l’humanité tout entière»  Coran : 5/32, car il annihile définitivement les fondements mêmes de leur idéologie.

En réalité cette démarche n’a rien d’original puisqu’il s’agit d’un procédé vieux comme le monde et qui consiste, soit à tronquer une citation, soit à la sortir de son contexte, soit à faire l’impasse sur celle qui risque de démonter la théorie qu’on essaie de défendre ou d’imposer.

Du reste, Daech ne semble pas s’encombrer le moins du monde de précautions élémentaires pour répondre à ses détracteurs. Mieux encore,  il semble plus préoccupé par sa présence médiatique que par la séduction de nouveaux adeptes car on ne peut expliquer autrement le recours à la destruction de vestiges de la civilisation humaine, y compris les manuscrits religieux et les corans écrits à la main par des croyants dans une démarche de dévotion et de fidélité à leur foi.

Les derniers massacres perpétrés à Paris auront servi, malgré le prix payé, à démystifier définitivement un mouvement qui a bénéficié durant quelques années d’une mansuétude pour le moins troublante de la part de quelques puissances occidentales qui ont laissé grandir trop vite un monstre qu’ils ont vu naître, ou dont on dit qu’ils ont été les parents occasionnels comme ils l’ont été pour Ben Laden. Reste que cela ne dédouane en rien les pays musulmans qui ont, eux aussi, vu grandir, quand ils ne l’ont pas financé, un mouvement qui a mis impunément en doute et en péril la parole sacrée du Coran, sans se soucier des dégâts incommensurables dont les principales victimes sont d’abord et principalement les musulmans eux-mêmes.