Gouvernance/ Quand les ministres se lamentent au lieu d’agir

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Le gouvernement algérien s’enfonce de plus en plus dans l’immobilisme alors que la situation exige de l’énergie et de la détermination. Au lieu d’agir, les membres de l’exécutif se limitent à se plaindre comme le ferait le citoyen lambda. C’est ce que vient de faire, entre autres, le ministre du Commerce.

Bekhti Belaïb, invité de la Radio nationale, a révélé qu’au moins 30% des montants des importations partent dans la facturation. Une somme énorme qui représente pas moins de 20 milliards de dollars. C’est donc un tiers de la valeur des importations du pays qui partent en l’air affaiblissant ainsi les réserves nationale en devises.

Un encart publicitaire, publié récemment dans un journal national donnant la liste d’importateurs qui ont abandonné -certains depuis plusieurs années- leur containers dans le port sec d’Alger, donne une idée de l’ampleur que prend la vaste entreprise de fuite des capitaux par le biais des importations à tout va. Dans de nombreux cas et aidés par des responsables de banques (un réseau a même été démantelé il y a quelques temps à Oran), certains importateurs font carrément de fausses déclarations sur les marchandises importées. On a ainsi trouvé des chaussures trouées ou carrément des pierres dans certains conteneurs qui devaient, en principe, contenir d’autres produits utiles à la population.

Dans d’autres cas, des importateurs achètent des produits qui ne se vendent même pas sur le marché local, notamment des légumes, en les proposant à des prix beaucoup plus élevés que la valeur de leur acquisition. Le tout pour justifier la sortie de devises qui en réalité appartiennent à la collectivité nationale.

Le drame est que tout cela se passe au vu et au su de tout le monde. Plus, des complicités existent à tous les niveaux, y compris au sein du gouvernement. Il se dit dans Alger, qu’un ancien ministre islamiste prenait souvent son téléphone pour ordonner aux douaniers de laisser passer des cargaisons douteuses.

La situation est tellement grave que des importateurs se permettent à présent de faire du chantage : ils provoquent des pénuries sur certains produits nécessaires pour pouvoir dédouaner d’autres marchandises moins importantes. En l’état actuel des choses et face à l’immobilisme (complicité?) du gouvernement, rien n’indique que la situation évoluera positivement dans les prochains mois. La preuve ? Amara Benyounès n’a-t-il pas affirmé que les barons de l’import seraient probablement derrière son départ du gouvernement ?

Essaïd Wakli